Gamelin

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Europe Gamelin

Message par Tobrouk le Ven 2 Fév - 17:43

Le général Gamelin dit "le généchef" !





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Europe Re: Gamelin

Message par Guilhem le Ven 2 Fév - 18:06


Guilhem
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Europe Gamelin

Message par Tobrouk le Ven 2 Fév - 18:11

MERCI POUR LE LIEN

Toujours interessant à lire, mais avons-nous le temps?


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Europe Gamelin décore

Message par Tobrouk le Ven 23 Fév - 12:00

Gamelin peu avant son remplacement par Weygand




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Europe Re: Gamelin

Message par avz94 le Mer 30 Jan - 0:34

Bonsoir

qui était Gamelin, quelle était sa responsabilité dans la défaite, en était-il coupable on non ? Voila le sujet de cet essai de Monsieur Jeffery A. GUNSBURG professeur assistant d'histoire de l'institut militaire de Virginie, qui d'ailleurs ne prétend pas résoudre "Le Mystère GAMELIN".

Né en septembre 1872, Maurice GAMELIN était le fils d'un contrôleur général de l'armée; sa mère était la fille du dernier gouverneur français de Strasbourg. Sa famille avait donné plusieurs généraux à la France depuis le règne de Louis XV; c'est dans une ambiance traditionnelle et militaire que Maurice avait été élevé. Le père le poussait vers une carrière d'ingénieur; la mère voulait en faire un peintre; et le jeune GAMELIN montrait du talent pour les arts et les humanités. Mais il voulait être soldat.

GAMELIN sortit numéro un (parmi 449) de St-Cyr, se signala en Afrique du Nord, puis sortit de l'Ecole de Guerre numéro deux. Ses capacités de travail, son tact et surtout son intelligence supérieure expliquent sa désignation comme officier d'ordonnance du Général Joseph JOFFRE en 1906. Voilà le commencement de son succés.

Les talents de GAMELIN impressionnèrent JOFFRE, qui le reprend en 1914 comme aide et confident, le logeant dans la chambre à côté de la sienne. C'est à ce poste que GAMELIN vint à connaître les grands personnages militaires et politiques; c'est là qu'il put exercer - avec tout son tact - une certaine influence sur le cours des événements, surtout lors de la décision de déclencher la bataille de la Marne. Plus tard, GAMELIN prit le commandement de la 9° Division d'Infanterie qu'il conduisit avec distinction, gardant la liaison avec les armées britanniques en retraite pendant la crise du printemps 1918, puis attaquant près de Reims à l'automne pour atteindre la Meuse à l'Armistice.

Le guerre finie, GAMELIN devint le chef de la mission militaire française au Brésil, puis dirigea la pacification de la Syrie, revenant en France pour prendre le commandement du 20° Corps d'Armée, le fameux Corps de Nancy. Mais il quitta cette fonction - contre sa volonté - pour devenir premier sous-chef d'état-major de l'Armée, fournissant ainsi la contre-partie "républicaine" de Maxime WEYGAND, désigné chef d'état-major. Le 09 février 1931 GAMELIN devenait chef d'état-major général et membre du conseil supérieur de la guerre (C.S.G.), pendant que WEYGAND accédait au poste de vice-président du C.S.G. WEYGAND et GAMELIN étaient d'accord sur le besoin de moderniser l'armée; ils préparaient un bouclier de troupes de forteresse pour tenir la "ligne MAGINOT", mais aussi un programme pour transformer cinq divisions d'infanterie en divisions d'infanterie motorisées et une division de cavalerie en division légère mécanique - la première division mécanisée permanente au monde. Cet embryon d'une force de manoeuvre (dont la mission était l'intervention à travers la Belgique) était approuvé par le C.S.G. dès juin 1930. Mais s'il y avait harmonie entre leurs vues techniques, les deux généraux différaient par leurs vues politiques, et surtout par leurs caractères : WEYGAND était l'homme passionné avec tout son franc-parler, l'entraîneur d'hommes du style FOCH. Or GAMELIN n'avait rien du style FOCH ou WEYGAND; c'était un intellectuel pur, plutôt distant; connaissant bien les complexités des hommes et de la vie, il gardait sa parole et avait tendance à cacher ses buts. Jouant des nuances, il agissait souvent pour arriver à ses fins indirectement. Son calme philosophique et religieux, son manque de passion et de franchise étaient pour beaucoup d'officiers - et de politiciens - un défaut grave qu'ils ne lui pardonnaient pas.

La carrière de GAMELIN avançait : le 21 janvier 1935 il devenait vice-président du C.S.G. ainsi que chef d'état-major général (il a suffisamment montré son "républicanisme"), cumulant les deux postes pour la première fois depuis JOFFRE en 1913. De plus, le 21 janvier 1938, il devenait aussi chef d'état-major de la Défense Nationale, poste qui lui donnait quelques pouvoirs de "coordination" surtout sur les opérations combinées de l'armée et de l'armée de l'air. Mais GAMELIN devait renoncer au commandement de tout théâtre d'opérations spécifique : c'est à dire qu'il devait accepter de demeurer au niveau "Défense Nationale", laissant le commandement des armées contre l'Allemagne à son adjoint, le Général Alphonse GEORGES.

En septembre 1939 donc, GAMELIN devenait chef d'état-major général de la Défense Nationale, commandant en chef des forces terrestres. C'était un double emploi, mais il devait le garder parce que Edouard DALADIER, son ministre, refusait de le laisser remplacer à la tête de l'armée par GEORGES, un protégé de WEYGAND, dont DALADIER méprisait les vues politiques. De plus, GAMELIN était, de par sa position en France et son prestige, le premier chef militaire allié sur le continent : position sans attributions précises, mais qui donnait à cet homme, diplomate et rusé, l'occasion d'imposer, au moins en partie, ses vues stratégiques. Sa responsabilité en matière de conduite de la guerre sur le continent, jusqu'à son limogeage le 19 mai 1940, était certaine.

Comment voyait-on cet homme ? Pour le général Sir Edmund Ironside, chef de l'état-major impérial britanique, GAMALIN était un homme petit et coquet, avec les cheveux teinté. Un officiersuisse le rencontrait à son quartier général à Vincennes où il occupait une chambre "d'aspect monacal"; GAMELIN lui tendait une main "très douce"; son regard était assez aimable mais "un peu fuyant" sous le cheveu qui semblait "porter la marque d'une légère teinture". L'impression que faisait GAMELIN était toute différente de celle de GEORGES, que l'officier suisse trouvait grand et imposant avec son "expression de bienveillance et, peut-être, d'humour". L'officier suisse comprenait immédiatement les raisons de la popularité dont GEORGES jouissait dans l'armée française et chez les alliés. En particulier, GEORGES faisait une grande impression sur Winston CHURCHILL : les deux hommes devenaient amis. GAMELIN, assez trapu, silencieux, donnait à quelques officiers - particulièrement des jeunes - l'impression de n'être point un chef; un officier le dépeignait comme une "nouille", un homme sans volonté, sans énergie.

Cette pensée était erronée : GAMELIN ne manquait point de volonté en effet :
"... plus nous nous élevons dans la hiérarchie, plus notre volonté risque d'être déformée par des intermédiaires ... plus il y a place ... pour les interventions ... de l'ennemi, comme pour les coups inévitables du hasard.

Voilà pourquoi le grand mérite est de savoir poursuivre une idée d'ensemble, en adaptant ... sa réalisation progressive à l'état des moyens mis en oeuvre, aux obstacles...".

Pour GAMELIN cette méthode valait autant pour ses "batailles" avec les adversaires internes de ses plans, que pour les batailles contre l'ennemi. Il n'était pas un chef à la manière de Foch; il préférait réfléchir, choisir son cours et puis s'y tenir pour arriver à son but en dépit de tous les obstacles, gardant le silence autant que possible pour ne pas donner à des adversiares éventuels l'opportunité d'intervenir. C'était une méthode assez peu militaire, mais quand même efficace : et à son niveau de "coordinateur" entre les armées et les alliés, c'était une méthode raisonnable. Mais son succès dépendait surtout de la domination de son intelligence : si les événement révélaient des erreurs dans son oeuvre, il risquait de perdre son prestige.

Après le désastre de 1940, on a dressé plusieurs accusations contre GAMELIN. Sous le régime de Vichy le "conseil de justice politique" et plus tard le tribunal de Riom, l'on accusé d'avoir accepté une guerre que la France n'était pas en état de gagner. Personne ne pouvait nier que GAMELIN ait accepté la guerre : mais ce n'était pas à la légère. Comme presque tous ceux qui ont fait la guerre 1914-1918 (à l'exception toutefois de quelques-un comme Adolf Hitler), GAMELIN n'aimait point la guerre. Mais il était prêt à lutter s'il le fallait, pour préserver la civilisation :
"... il serait vain de discuter s'il fut plus utile de jeter dans le monde des germes nouveaux de beauté, de lutter contre la misère ou la douleur, c'est-à-dire de contribuer au développement de notre civilisation, ou de la sauver".

Et il savait quelle civilisation il voulait sauver, et de quoi. Il voyait approcher la menace : ou la France acceptait l'hégémonie de l'Allemagne nazie, ou la France devait se préparer à combattre. Le 19 décembre 1938, il prenait position dans une lettre à son ministre :

" ...toute la question est de savoir si la France veut renoncer à être une grande puissance européenne et abandonner à l'Allemagne l'hégémonie... la France elle-même et son Empire se trouveront en cause... Avec la France c'est la civilisation humaine, celle de toutes les puissances démocratiques, qui est en jeu.

... seul l'effort militaire intense dans tous les domaines... peut mettre en état... d'éviter la guerre et, si elle éclate, de vaincre. Etant entendu qu'il s'agira... non d'une victoire rapide, mais d'une guerre de longue durée, d'où résultera le sort du monde entier, qui y sera vraisemblablement progressivement englobé".

Les événement lui ont donné raison. de plus, GAMELIN tenta pendant la guerre de faire reconnaître à l'opinion française la nature de la menace allemande, demandant que la propagande française fit grand état des atrocité allemandes en Pologne, dont HITLER voulait "l'anéantissement", en rapprochant ce mot du même mot utilisé par HITLER envers la France dans son livre Mein Kampf.

Mais qu'a fait GAMELIN pour gagner la guerre qu'il voyait approcher ? Le "Conseil de justice politique" l'accusait d'avoir laissé l'armée française "dans un état d'infériorité d'armes, d'instruction et de morale". Evidemment, on ne peut discuter ici que quelques aspects de cette accusation énorme et complexe. Ici, il suffit de dire que GAMELIN avait bien connaissance de l'évolution vers la guerre mécanisée, et que lui et la République faisaient tout leur possible, tenant compte des limites de la population et de l'économie françaises très inférieures à celles de l'Allemagne, pour préparer la France à une telle guerre. Dès 1930, WEYGAND et GAMELIN développaient une force de manoeuvre pouvant intervenir en Belgique. En juillet 1936, Gamelin faisait état à Paul REYNAUD de ses réflexions sur la proposition de Charles de GAULLE de créer une armée de métier cuirassée : il rejetait l'idée d'une armée de mètier, préconisant d'ailleurs la nécessité d'une armée nationale pour couvrir le territoire et pour appuyer une force mécanisée. Il notait que la France avait déjà un programme de deux D.L.M. et de sept D.I.M.; pourquoi ne pas lever une force supplémentaire d'une D.L.M et trois D.I.M., ajoutant au besoin des bataillons de chars aux D.L.M. pour en faire des unités de choc ? et de plus :

"il y aurait lieu... dès maintenant de poursuivre les études... en ce qui concerne la constitution de grandes unités cuirassées qui joindraient à la capacité de déplacement stratégique une grande puissance offensive".

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Europe Re: Gamelin

Message par avz94 le Mer 30 Jan - 0:35

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En septembre 1936, sous le front populaire, la France commençait la réalisation d'un grand programme d'armements de quatre ans, comportant entre autres, 12 bataillons dotés de puissants char B pour former deux division cuirassées (D.C.R.), 325 exemplaires de l'excellent char SOMUA pour équiper trois D.L.M., plus de 6 500 pièces anti-char, 5 000 chenillettes et 50 bataillons de chars d'accompagnement pour l'infanterie, et des véhicules pour 10 D.I.M. L'instruction sur l'emploi tactique des grandes unités de 1936, rédigée par une commission présidé par le Général GEORGES, notait que, dans l'avenir, on obtiendrait la victoire, par la manoeuvre, dont la vitesse et la mobilité étaient les éléments essentiels. La commission parlait longuement des D.L.M. et D.I.M., capables d'opérer indépendamment d'unité ordinaires, croyait la combinaison de l'action des forces aériennes et la D.L.M. "particulièrement fructueuse", et estimait particulièrement importantes la sûreté tactique contre les attaques de char et d'avions et la profondeur dans la défense contre les attaques mécanisées. Ces idées étaient modernes. D'ailleurs, la commission s'opposait aux batailles de rencontre, étant donné la nature "réserviste" de la majorité de l'armée française.

Dans l'article de janvier 1937 publié dans la nouvelle Revue Militaire Générale, GAMELIN vantait l'existence en 1936 dans l'armée " ... d'un vaste bouclier, constitué par les ... secteurs fortifiés ... et ... d'une épée - je veux dire d'un outil de manoeuvre - qui comporte ... des grandes unités de types divers (motorisés, mécaniques... )" et il invitait à une large participation au débat sur la défense nationale, demandant aux jeunes d'apporter leurs idées car "... l'imagination est la grande animatrice ... dans le domaine de la guerre ...".

Le réglement de l'infanterie de 1938 prescrivait l'action offensive de l'infanterie par l'infiltration, une défense basée sur des centres de résistance et points d'appui fermés échelonnés en profondeur, et soulignait que des mesures de sûreté tactique contre les avions et les chars étaient une obligation permanente. Dans l'été de 1938, des manoeuvres présentaient des bombardiers de la 3° Division aérienne simulant des missions d'attaque et d'appui à la 1re D.L.M. - mais il était déjà clair que ces bombardiers moyens ne convenaient pas à de telles missions, qui étaient propres à l'aviation d'assaut, qui n'existera qu'au printemps de 1940. Devant la menace croissante de la Luftwaffe, GAMELIN, dans une note d'avril 1938, souligna le danger d'attaques aériennes à basse altitude (de telles attaques pourraient remplacer momentanément l'artillerie dans l'assaut) et prescrit des mesures de défense tactique à base d'armes automatiques; il demanda que l'armée de l'air fit des exercices pour accoutumer les troupes à de telles attaques. Enfin, en février 1939, étaient publiés le manuel de la D.C.R. (grande unité qui n'exista en réalité qu'au début de 1940) et le nouveau manuel de cavalerie qui traitait de la D.L.M. avec ses nouveaux chars SOMUA. Ces deux manuels étaient de véritables chartes de la guerre mécanisée.
De tout ce qui précède, on peut conclure que la doctrine de GAMALIN était bien moderne; d'ailleurs, au printemps de 1940, la France était àégalité avec l'Allemagne au plan des chars, les char français étaient beaucoup plus puissants, même s'ils étaient en général moins mobiles et plus difficiles à manier à cause de leurs équipages plus réduits. L'armée française avait aussi autant d'unités motorisées que la Wehrmacht, constatation d'autant plus surprenante qu'en 1940, l'Allemagne avait à peu près une population et une industrie environ deux et trois fois plus importantes que celle de la France ! Par contre, dans le domaine aérien où l'Allemagne faisait un effort plus grand, la situation était beaucoup plus mauvaise. Dèsjanvier 1938, GAMELIN soulignait les dangers de la faiblesse relative de l'armée de l'air, en exigeant une augmentation exceptionnelle de crédits dès octobre 1938. Le résultat était qu'en 1938, l'armée de l'air obtenait plus que les autres armées pour construction et les matériels neufs (42%, contre 36% pour l'armée et 22% pour la marine); en 1939, jusqu'à la guerre, l'armée de l'air reçut lamajorité de ces crédits (51%). Mais, même avec l'appoint de l'industrie américaine (qui n'était pas encore prête à devenir "l'arsenal de la démocratie", la France n'était pas en état d'égaler l'effort de l'Allemagne. D'ailleurs la France ne put mettre sur pied la plupart de ses unités modernes (3° D.L.M., 1re-4° D.C.R., aviation d'assaut et aviation moderne de bombardement) q'au printemps de 1940. C'était quand mêmeun résultat appréciable auquel GAMELIN avait contribué. Certes, pour compenser ses faiblesses, la France avait des alliés; mais la Grande-Bretagne n'avait pas fait les mêmes sacrifices pour se réarmer; de plus, elle refusait de risquer la plus grande partie de ses avions (surtout de chasse) sur le continent, craignant d'avoir à faire face éventuellement à une attaque aérienne stratégique sur Londres. En dépit de toutes les réclamations de GAMELIN et du gouvernement français, la R.A.F. refusait d'engager des avions.
On accusa aussi GAMELIN de laisser l'armée française s'affaiblir dans un état d'impréparation qui la trouva peu aguerrie au moment des opérations décisives. Cette accusation était une attaque contre sa stratégie. Celle-ci proposait une guerre longue où les alliés imposeraient un blocus, grâce à leur supériorité navale pour affaiblir l'Allemagne, pendant qu'ils développeraient (surtout la Grande-Bretagne) leurs forces terrestres et aériennes pour mener une offensive décisive vers la Ruhr après le printemps de 1941. Néanmoins, en février 1940, GAMELIN espérait en une attaque allemande contre les Pays-Bas et la Belgique, qui ajouteraient ainsi leurs forces aux alliès, ce qui permettrait d'équilibrer la Wehrmacht et de créer une nouvelle zone d'opérations où les alliés "... pourraient avantageusement passer à la contre-offensive (vers la Ruhr), car l'ennemi s'offrirait à eux sur un terrain libre". D'ailleurs, les alliés n'auraient une légère supériorité en aviation de chasse, si la R.A.F. engageait ses avions. Dans la logique de cette stratégie de guerre longue, GAMELIN décidait de rester initialement sur la défensive en France (je ne parle pas ici de l'offensive avortée pour aider la Pologne). Mais bien qu'on ait discuté son idée de contre-offensive, il n'y a pas de doute que les gouvernement alliés approuvaient sa haute stratégie, ainsi que l'opinion publique alliée, se souvenant des hécatombes de 1914. La plupart des historiens récents reconnaissent la logique de cette stratégie.
On a aussi accusé GAMELIN d'avoir désorganisé le haut-commandement français; il s'agit de la séparation en deux parties, en janvier 1940, du grand quartier général, organe de commandement du général GEORGES à la Ferté-sous-Jouarre : l'une restait sur place (Q.G. du front du nord-est), l'autre était transférée à Montry, sous la direction de général Joseph DOUMENC. GAMELIN imposa cette séparation, ouvrant ainsi un "grave désaccord" entre GEORGES et lui. Mais GAMELIN avait ses raisons : dès novembre 1939, il y avait eu un désaccord croissant sur la stratégie de campagne entre GAMELIN et GEORGES. GAMELIN, décidé à imposer ses vues, séparait le G.Q.G. en deux parties pour amoindrir l'influence de GEORGES, choisissant son protégé DOUMENC pour devenir le chef du Q.G. de Montry.
Quel était ce différend stratégique ? Pour GAMELIN, il était évident que l'Allemagne devait chercher la décision au printemps de 1940 à travers la plaine belge : c'était seulement là, pensait-il, que sa force mécanique et aérienne pourrait espérer une victoire décisive, profitant d'ailleurs de la neutralité belge et néerlandaise pour bénéficier de la surprise. Les autres parties du front étaient protégées soitpar la ligne Maginot, soit par un terrain impropre à une attaque brusquée mécanique (la Suisse, ou les Ardennes bordées par la Meuse). C'était une conception logique (d'ailleurs à peu près correcte à l'automne de 1939), que le haut-commandement allié à repris à la fin de 1944. Or GAMELIN voulait pousser l'aile gauche de sa force de manoeuvre en Belgique pour sauver l'armée belge, couvrir la frontière du nord de la France, et gagner des bases pour une offensive éventuelle contre la Ruhr. Mais pour éviter une bataille de rencontre dans la plaine belge, il n'envisageait initialement qu'une avance jusqu'à l'Escaut belge, sauf dans le cas d'un appel belge permettant de devancer l'ennemi. Au contraire, GEORGES voyait la menace dans une attaque allemande à travers les Ardennes, peut-être combinée avec une attaque par la Suisse, cherchant à flanquer et puis à envelopper la ligne Maginot. Donc les vues de GAMELIN et Georges divergeaient.

Depuis novembre 1939, les commandements belges et néerlandais se préparaient sérieusement à faire face à une invasion allemande. Gamelin y voyait l'occasion de sauver au moins une partie de leurs armées ( précieuse pour compenser la supériorité numérique allemande) mais aussi ce créer un front où les alliés pourraient se souder. En effet, un front allié faisant face à Allemagne dans le nord de la Belgique et dans le sud des Pays-Bas (si possible) attirerait des forces (surtout aériennes) de la Grande-Bretagne vers le continent; ce front protègerait la frontière du nord de la France et Paris; et il donnerait l'espoir aux Belges et aux Néerlandais de rester dans la lutte. Plus on pourrait constituer ce front à l'est (la meilleure solution pour tenir la Luftwaffe éloignée de Londres et de Paris (et ainsi donner à la R.A.F. moins d'excuses pour garder sa chasse chez soi) et pour conserver à l'abri des combats les centres vitaux de la Belgique et des Pays-Bas) plus la Ruhr serait vulnérable à portée de nos attaques. Gamelin voyait plus loin; s'il pouvait faire traverser la 7° Armée (commandée par le Général Henri GIRAUD) jusqu'à la région de Bréda (dans le sud des Pays-Bas), il pourrait donner la main aux Néerlandais et simultanément menacer la droite et l'arrière des forces mécaniques allemandes engagées dans la plaine belge depuis le canal Albert, GIRAUD était son chef le plus impétueux : en lui donnant une D.L.M. (dès mars 1940), GAMELIN (ainsi que le Général BILLOTTE, commandant du Groupe d'Armées n° 1) espérait qu'il pourrait exploiter en terrain plat vers la Ruhr, déjouant ainsi l'attaque allemande vers la plaine belge, et ouvrant peut-être la perspective d'une "... possibilité d'action profonde par des forces mécaniques ..." vers la Ruhr. De plus, l'action de GIRAUD favoriserait le mouvement des alliés de la Dyle vers le canal Albert, si cela était possible.

Or, si GEORGES acceptait la décision de porter le GA 1 en Belgique jusqu'à la Dyle (avec la 1re Armée dans la "trouée de Gembloux"), il estimait que la manoeuvre Bréda était "... le type de l'aventure..." il craignait que l'absence de Giraud, d'une D.L.M. et deux D.I.M. ne le privât des moyens nécessaires à riposter à une attaque allemande entre Meuse etMoselle. En effet, la manoeuvre Dyle-Bréda absorbait presque toutes les unités rapides et puissantes de la force de manoeuvre. GAMELIN et BILLOTTE croyaient que la zone décisive serait la plaine belge : BILLOTTE demandait les 1re et 2° D.C.R. formant le 1er Groupement Cuirassé du Général KELLER pour contre-attaquer dans la trouée de Gembloux avec les 2° et 3° D.L.M. du Corps de Cavalerie du Général Prioux. Georges ne lui détachait à priori que la 1re D.C.R.

Au printemps de 1940, en dépit de l'évident manque de liaison belgo-néerlandais et de l'absence de coopération du commandement néerlandais dans la préparation de la manoeuvre Bréda, et aussi malgré l'évidence de la constitution d'une masse blindée allemande près de Trèves menaçant soit les Ardennes soit la Sarre, soit les deux, GAMELIN imposait la manoeuvre Bréda à GEORGES. Mais par ailleurs, sur le plan politique, sa position était devenue vacillante depuis que Paul REYNAUD présidait le gouvernement. Celui-ci n'avait pas confiance en GAMELIN et voulait le remplacer. Le 9 mai le gouvernement REYNAUD était pratiquement démissionnaire et GAMELIN limogé.

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Europe Re: Gamelin

Message par avz94 le Mer 30 Jan - 0:35

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C'est dans ces circonstances pour le moins étranges que l'Ouest dut faire face à HITLER. Il n'est pas question ici de tracer le cours de la bataille,d'ailleurs déjà bien connu, mais seulement de préciser le rôle de GAMELIN. On l'a accusé plus tard d'avoir assisté, sans rien faire, à la défaite, laissant GEORGES diriger seul. C'est ignorer les structures de commandement conçues par GAMELIN. Celui-ci connaissait la popularité de GEORGES tant dans l'armée française que dans les armées alliées; de plus GEORGES avait la réputation d'être un chef du style FOCH ou WEYGAND. C'était donc GEORGES qui devait conduire la bataille : il disposerait du G.A. 1 de BILLOTTE pour tenir la trouée de Gembloux et la Meuse jusqu'à la ligne Maginot. Pour GAMELIN, GEORGES devait conserver la 7° Armées et le B.E.F; (British Expeditionary Force) sous ses ordres directs; plus tardpensait GAMELIN, il serait possible de constituer avec eux et l'armée belge qu'ils encadreraient un nouveau G.A. ayant à sa tête le roi des Belges avec un chef d'état-major français. Or GAMELIN avait déjà promis de ne pas prendre le commandement d'un théâtre d'opérations; il était le conseiller militaire du gouvernement : son rôle était donc de gérer la machine de guerre française en veillant à la conduite de la bataille, qui revenait à GEORGES.

Cependant, dès le début de la bataille, GEORGES, devant exécuter une statégie qu'il croyait dangereuse, commençait à réagir. Le 12 mai, ilimposait BILLOTTE comme "coordinateur" de toutes les armées alliées en Belgique, restant donc libre lui-même de concentrer ses forces en son centre où il craignait une forte attaque. GAMELIN le désapprouva, mais s'inclina devant le fait accompli avec REYNAUD et aussi de l'écroulement de sa manoeuvre Bréda que menacèrent dés la première journée, les opérations aéroportées allemandes sur la Hollande et le canal Albert. Si l'apparition de troupes françaises dans cette région constitua un choc pour le commandement allemand, ce fut de courte durée : la manoeuvre Bréda prenait fin dès le 12 mai.

De plus, GEORGES avait eu raison de craindre pour son centre. Aujourd'hui, on sait que le plan allemand était de tirer avantage de la faiblesse du front sur la Meuse en y attaquant avec sept des dix Panzerdivisionen qui exploiteraient la rupture du front jusqu'à la Manche, coupant ainsi les armées alliées (dont la presque totalité de la force de manoeuvre française) du gros de l'armée française et les écrasant en Belgique. C'était un plan risqué, mais HITLER était un "risque-tout". Dès la fin du 12 mai, les Panzers commençaient l'assaut de la Meuse près de Dinant en Belgique, puis le 13 à Monthermé et à Sedan où sous les coup de la Luftwaffe, maitresse du ciel en absence des Spitfires de la R.A.F., la 55° D.I. s'effondrait (cause directe de l'effondrement complet de GEORGES lui-même). GAMELIN en recevait avis immédiatement.

Or le haut-commandement réagit : dans la matinée du 15 mai, GAMELIN "suggérait" à GEORGES de concentrer les D.L.M. pour contre attaquer au sud-est de la Sambre vers la Meuse de Dinant. Mais BILLOTTE les gardait face à la diversion de deux Panzers agissant dans la trouée de Gembloux. BILLOTTE acceptait une retraite de la Meuse et pensait fiare appel aux unités de la 7° Armée, mais hésitait. GEORGES faisait affluer des renforts et oreintait les forces aériennes sur la Meuse; il ne pensait pas plus loin. Mais, dans l'après-midi du 15 mai, parvenaient des nouvelles désastreuses : le front étiré de Monthermé, laissé sans renfort par le haut-commandement qui ignorait ce qui se passait là, s'écroulait et les Panzers du Général Hans REINHARDT commençaient l'exploitation de la percée; le centre du front allié était rompu.

Pendant les trois jours suivants, le haut-commandement parut incapable de concevoir une manoeuvre de grande envergure pour tirer avantage de la supériorité des forces allièes en Belgique. BILLOTTE n'en appela pas aux alliés et ordonna une retraite sur l'Escaut belge, retraite désastreuse pour le moral du roi et de l'armée belges. GEORGES, abattu pensait seulement à des solutions illusoires à court terme, rejetant la responsabilité pour un plan ultérieur sur GAMELIN. Dès le 16 mai, DOUMENC demandait à GAMELIN de prendre la direction de la bataille. En effet, que faisait GAMELIN ?

GAMELIN conseillait le gouvernement et son allié, organisait la défense de Paris, rédigeait un ordre du jour, réclamait encore la chasse britannique; enfin, il rédigeait un compte rendu à son ministre où, à travers l'évocation des faiblesses du moral des Français par rapport à celui des Allemands, apparaît l'évidence de son propre découragement. Mais s'il vacillait, il n'avait pas encore perdu tout espoir : dès le 16 mai, il pensait à contre-attaquer quelque part sur les flancs de la pénétration allemande avec des réserves de la ligne Maginot et une partie des forces en Belgique. Dans la matinée du 18 mai, il demandait des renseignements aériens sur l'infanterie progressant derrière les colonnes motorisées ennemies.

GAMELIN intervenait dans la matinée du 19 mai. Pourquoi ce délai ? En partie (comme il l'a écrit plus tard) pour donner aux réserves le temps de couvrir Paris, et au G.A. 1 le temps d'atteindre une base ferme sur la position de l'Escaut. Mais aussi, sans doute, parce que jusqu'au 18 mai GAMELIN n'avait pas de plan, et peut-être aussi parce qu'il a momentanément perdu sa foi. De toutes façons, vers neuf heures du matin, il était à la Ferté où il rédigeait son I.P.S. n° 12. Il disait à GEORGES qu'il fallait amener des forces britanniques et belges dans la manoeuvre (enfin !) et il ajoutait qu'on devait renforcer l'autorité de BILLOTTE. Puis GAMELIN partait, laissant à GEORGES son I.P.S., qui commençait ainsi : "Sans vouloir intervenir dans la conduite de la bataille... qui relève de l'autorité du commandant en chef sur le front du nord-est ...", et il ajoutait qu'il était nécessaire de ne pas laisser encercler le G.A. 1 en Belgique, qu'il fallait au besoin s'ouvrir la route de la Somme et jeter des forces mobiles sur les arrières des Panzers et des divisions motorisées allemandes qui n'avaient presque rien immédiatement derrière elles. En effet l'I.P.S. définissait les bases d'une contre-offensive en tenaille quelque part vers Bapaume et Péronne (où toute l'aviation devrait intervenir) avec, en plus, une attaque vers les pont de Mézières (sur la Meuse) pour y menacer les bases logistiques des Panzers. C'était une belle conception, qu'il fallait pousser à exécution immédiatement parce que, comme l'indiquait l'I.P.S., "Le tout est une question d'heures". Plus tard, GAMELIN déclara avoir eu l'intention, si GEORGES ne le faisait pas, de se porter en Belgique pour y rencontrer le Général IRONSIDE (qui, en effet, y était le 20 mai) afin d'agir ensemble pour contre-attaquer vers le sud. mais dès l'après-midi du 19, GAMELIN apprenait que WEYGAND allait le remplacer. Le commandement de Maurice GAMELIN était fini.

Concluons : GAMELIN était-il coupable ou non ? Responsable : oui en grande partie. IL était responsable du choix des personnages pour les hauts-commandements de l'armée française, du choix de la doctrine militaire; il approuvait les programmes d'armement; il concevait la haute stratégie et la stratégie de la campagne de 1940. MAis il n'était point responsable du manque de coopération des Belges, des Britanniques et des Néerlandais;

Sur la valeur de ses subordonnés, surtout Georges, Gamelin aurait pu se tromper; mais c'était sa responsabilité de veiller à leur conduite et de se substituer à eux, ou les remplacer, si nécessaire. Etant donné l'effondrement de GEORGES le 14 mai 1940, GAMELIN intervenait très tard le 19 mai, et assez mollement (conséquence de son différend avec Paul REYNAUD ? de sa personnalité vacillante ?) Et immédiatement après, GAMELIN était lui-même limogé.

La doctrine ? On pourrait discuter longuement si la doctrine française était ou non "correcte"; mais ce qui est sûre, c'est que cette doctrine était moderne. MAis, pendant la crise, elle ne fut guère respectée par des chefs désespérés.

Les programmes d'armements ? Si l'on compare les populations et les industries françaises et allemandes, le succés de l'effort français saute aux yeux. C'est à l'actif de GAMELIN. Ce n'était pas de sa faute si la Grande-Bretagne n'avait pas fait le même effort.

La haute-stratégie ? Aujourd'hui on pourrait admettre qu'elle était logique.

Stratégie de la campagne de 1940 ? Là est l'erreur lourde de conséquences : passant outre aux objections de GEORGES et rejetant l'évidence de la masse blindée allemande à l'est des Ardennes, GAMELIN se tenait à une conception à priori de la manoeuvre ennemie, attendant ainsi la réponse que la Wehrmacht lui donnerai. D'ailleurs, il comptait trop sur la coopération des alliés. Telles sont les causes de l'échec de la manoeuvre Bréda, qui privait GEORGES de réserves rapides et puissantes, vitales pour riposter à l'attaque ennemie sur la Meuse. MAis l'historien doit souligner que ces erreurs de GAMELIN étaient quand même raisonnables, à cause des inconnues de la situation stratégique avant la bataille. Et sa stratégie avait précisément, parmi ses buts, d'unifier les alliés.

Tout compte fait GAMELIN était-il coupable ou non ? Le monde souffrit terriblement de ses erreurs, qui permirent l'expansion du nazisme et la transformation de la guerre en deuxième guerre mondiale. GAMELIN ne pouvait pas échapper à sa responsabilité. Mais coupable ? Non. D'ailleurs, on pourrait faire le même reproche à la grande majorité des Français de 1940.
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Europe Re: Gamelin

Message par capablanca le Ven 1 Fév - 12:24

Un général en chef qui ne prévoit même pas une masse de manœuvre importante en réserve pour parer aux imprévus et aux changements de plan de l’adversaire ne mérite même pas le titre de général de Brigade !!!!

Même si les Allemands avaient adoptés un plan classique, c'est-à-dire une attaque en masse sur la Dyle avec toutes leurs divisions, que ce serait il passé en cas de rupture sur un point du front ? Les autres armées françaises auraient du dégarnir leur position pour créer une masse de manœuvre capable de contre attaquer et de rétablir le front ? Avec l’intervention de la dernière Armée française en Hollande, il n’y a plus en réserve que des forces d’appoint. Alors, une simple rupture d’un point du front dans une manœuvre classique aurai suffit à produire un résultat aussi dramatique pour l’armée française. A ce stade la stratégie adoptée par Gamelin, est pire qu’un crime, c’est une faute !

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Europe Re: Gamelin

Message par EDriant le Sam 2 Fév - 15:52

Bonjour à tous!
Avz94, j'ai une grande admiration pour l'étendue et la précision de vos connaissances historiques. Concernant Gamelin cependant, je partage pleinement l'avis de Capablanca. Par des raisonnements alambiqués, du style responsable mais pas coupable, on arrive toujours à éluder les responsabilités de tout le monde, on arriverait à nier la responsabilité de Hitler dans la deuxième guerre mondiale...
Gamelin était le numéro 1 de l'armée française depuis des années lorsque nous avons pris cette râclée historique de mai-juin 1940. Si lui ne peut être tenu pour responsable et coupable, alors qui peut l'être?
Il ne peut pas être tenu pour seul fautif, c'est entendur; la responsabilité des hommes politiques aveugles des années 30, incapables de mettre le pays en ordre de bataille pour se préparer au choc inéluctable, est écrasante. Leurs misérables jeux politiciens, leurs querelles de salons alors que le danger menace et que le pays est au bord de l'abîme aurait dû valoir à nombre d'entre eux le peloton d'éxécution après la guerre (et non des médailles, comme ce fut le cas pour certains...).
Mais les fautes de Gamelin furent énormes et irréparables. A ce niveau, ce sont des crimes, comme le dit très justement Capablanca, car cela s'est payé par des dizaines de milliers de morts, 4 années d'occupation et de souffrances, et, plus grave encore selon moi, car cela constitue une tâche indélébile sur l'histoire de notre pays nuisant à la crédibilité de son peuple pour des générations.
Tous ceux qui ont cotoyé Gamelin et écrit à son sujet mentionnent son esprit brillant, son éducation et sa culture. Mais il s'agit là d'une intelligence théorique, Gamelin est un pur intellectuel, pas un homme d'action. Les purs intellectuels n'ont jamais gagné une bataille: Alexandre, César, Napoléon et tous les grands chefs militares étaient des hommes d'action, alliant instinct, bon sens et initiative.
Gamelin n'avait aucun charisme et, plus grave, était d'une indécision quasi légendaire, incapable d'insuffler le moindre élan à son armée. Il en est d'ailleurs des armées comme des nations et des entreprises: elles prennent rapidement les mêmes charactéristiques, défauts, qualités, que leurs chefs.
On peut dire à la décharge de Gamelin qu'il n'était pas responsable du fait d'être généralissime; c'est vrai, il fut choisi par la classe politique justement pour ses qualités d'intellectuel inconsistant mais bien élevé. On a vu ce que cela a donné.
Si l'on va dans le détail de l'action de Gamelin, et sans vouloir dresser un catalogue exhaustif de ses erreurs (il y en eu tellement!):

* Le choix de la défensive passive: comme l'ont écrit beaucoup d'historiens, le choix d'une doctrine défensive en France en 1940 pouvait se comprendre (souvenir des hécatombes, présence de la ligne Maginot, armements développés en accord avec cette doctrine...). Joukov triomphera d'ailleurs très souvent des armées nazies en faisant le choix délibéré de la défensive; mais la défensive à la Joukov n'est pas celle de Gamelin, ce dernier se contentant d'étirer l'armée française de la mer du Nord à la Suisse sur un mince cordon vulnérable au moindre coup de boutoir, sans renforcer notablement les défenses statiques dans les zones ouvertes (il faut voir en contraste le travail effectué par les soviétiques dans le saillant de Koursk par exemple), sans constituer les réserves puissantes permettant de frapper l'ennemi, une fois celui-ci épuisé et amoindri par la résistance des ouvrages défensifs...depuis la préhistoire, on sait que le mince cordon défensif statique sans profondeur est la pire des options militaires.
Comment a-t-il pu oublier que c'est la profondeur et l'afflux des réserves françaises qui sauva par 3 fois le front occidental en 1918, lors des offensives allemandes du printemps?
Pourquoi n'a-t-il pas fait miner et fortifier, ne serait-ce qu'avec des fortifications de campagne sérieuses, les centaines de kms de la position frontière dans le prolongement de la ligne Maginot? Beaucoup de témoignages racontent la totale passivité des troupes pendant l'hiver 39-40, qui jouaient au foot au lieu de creuser des tranchées et construire des blockhaus.
Pourquoi n'a-t-il pas pris l'offensive sérieusement en septembre 1939 dans la Sarre, même en gardant une doctrine défensive globale, pour engager sérieusement les forces allemandes, aider les Polonais et surtout tester son armée? On a beaucoup critiqué Joffre à propos du plan XVII et de la Bataille des Frontières de 1914. Il commit de lourdes erreurs, certes; mais ces premiers combats lui permirent d'évaluer son armée et d'écarter une grande quantité de chefs incapables. Lors de la Marne, il disposera de généraux d'armée aguerris et excellents.

* Le plan de bataille: le plan Dyle-Bréda de Gamelin est une merveilleuse projection théorique, totalement intellectuelle et totalement irréaliste. Sur le papier, le plan est logique: on a moins de moyens que l'ennemi, donc on va chercher à raccourcir le front et à donner la main à tous les alliés possibles, d'où l'abandon de la position frontière pour la position Dyle, d'où l'extension Bréda pour incorporer les forces hollandaises. Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, cela permet en outre de guerroyer loin de nos centres industriels et de pouvoir attaquer la Ruhr ultérieurement.
Dans la réalité, les Hollandais sont bien décidés à faire leur guerre de leur côté pour protéger, même symboliquement leurs centres vitaux et n'iront pas au Sud donner la main à l'armée Giraud. Les Belges ont mis fin à tous contacts d'Etats-Majors avec les Français pour ne pas heurter Monsieur Hitler, Français et Belges n'arriveront même pas à coordonner l'action des cavaliers français et des chasseurs ardenais en avant de la Meuse...et le gros des troupes mobiles françaises doivent quitter une position qu'ils occupent depuis des mois, pour se lancer à l'aventure sous la menace aérienne vers une position non fortifiée qu'ils n'auront vraisemblablement pas le temps de fortifier correctement avant l'arrivée de l'ennemi, à moins que Monsieur Hitler, qui vient de balayer la Pologne en 3 semaines, respecte la semaine de délai que les Français demandent pour se fortifier sur la Dyle et la Meuse...Bien entendu, il est hors de question que les Allemands attaquent ailleurs que dans la trouée de Gembloux. N'est-ce pas la voie naturelle de toutes les invasions dans la région? Donc pas de plan alternatif pour parer à toute éventualité, ce sera Gembloux parce qu'on l'a décidé, parce que c'est le plan de Gamelin, parce que Gamelin est logique et qu'il a forcément raison.

* La concentration des troupes: ce point est encore plus désastreux, et fut probablement le vrai facteur décisif de la défaite écrasante. Qu'on en juge:
- envoi en Hollande de la 7è armée, la seule grande réserve mobile qui était située au centre du front et pouvait permettre une contre-attaque d'envergure en cas de rupture de celui-ci.
- entassement inepte des 9 divisions du BEF sur un morceau de front très étroit entre Louvain et Wavre, tellement étroit d'ailleurs que ces bonnes divisions n'auront pas l'espace pour combattre efficacement.
- entassement des meilleures divisions françaises entre Wavre et Namur (forcément, puisque c'est là que Hitler va attaquer, c'est écrit)
- en contraste, la densité est très faible entre Namur et Sedan: troupes de seconde zone sans armement anti-aérien et presque sans armement anti-char. Une bonne partie de ce front est inconnu, les troupes devront quitter la position frontière et manoeuvrer pour aller l'occuper. Mais pas de danger, il y a la Meuse et le manuel dit qu'il faut une semaine pour la traverser dans de bonnes conditions. De plus, en avant de la Meuse il y a les Ardennes et le manuel dit qu'elles sont impraticables pour les blindés.
- ligne Maginot: on la considère à juste titre comme difficile à franchir. L'ennemi n'attaquera vraisemblablement pas à cet endroit, car c'est en plus loin de Paris et des grandes plaines permettant d'obtenir rapidement une victoire décisive. Pourquoi alors y a-t-on entassé autant de divisions, pourquoi a-t-on mis une grande partie de nos bataillons de chars en réserve derrière ses ouvrages?

On voit que ce plan de concentration est totalement déconnecté des réalités et surtout, erreur gravissime, qu'il est bâti rigidement sur une seule et unique hypothèse, celle qui nous arrange, et qu'il n'envisage aucune alternative. En plus, il n'est même pas équilibré, et met un grand trou en plein centre de notre dispositif. Honnêtement, il était difficile de faire pire.

Enfin, un bon généralissime doit s'adapter et avoir la capacité d'apprendre. Le monde entier voit les panzerdivisionnen et les vagues de Stukas anéantir la Pologne en quelques jours. On sait exactement quelle guerre Hitler pratique, et avec quels moyens. Quelles sont les mesures prises par Gamelin pour contrer cette guerre-là? Aucune. On pouvait réorganiser nos maigres forces aériennes pour leur permettre d'agir de façon plus concentrée sur les points chauds. On pouvait faire transformer la moitié de nos 75 en canons anti-chars pour pallier la pénurie de pièces de 47 mm, on pouvait stopper la fabrication des chars légers inutiles et mettre le paquet sur les SOMUA, on pouvait faire pression pour acheter ou fabriquer davantage d'armements anti-aériens, on pouvait multiplier les manoeuvres pour préparer les hommes à affronter la Blitzkrieg...9 mois, c'est long...

Rien de tout cela ne fut fait, avec les conséquences que l'on sait. Non vraiment, Gamelin fut bien responsable et coupable.

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Message par Tobrouk le Dim 3 Fév - 12:15

Gamelin, homme poli et bien élevé! après la défaite, sur les photos on le voit posant avec fierté!

Il fait réprimander un soldat qui a mal attacher un bouton de sa vareuse! Gamelin, général de salon oui, général de terrain, non!

amitiés

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Message par capablanca le Dim 3 Fév - 12:49

Bonjour EDriant

Pour le trop grand nombre de divisions stationnées sur la ligne Maginot, je ne pense pas que l’ont puisse reprocher cette erreur à GAMELIN (pour une fois). A la base la ligne Maginot devais être une ligne de défense retardatrice permettant l’arrivé des armées pour stopper l’avance des ennemis. Petit à petit cette conception c’est transformée en Bouclier imprenable avec toujours plus de gros ouvrages qui engouffrai toujours plus de divisions formées et équipés pour des combats de forteresse et donc impropre à la manœuvre. De plus tu es obligé de prévoir des divisions mobiles pour dégager les ouvrages assiégés. La ligne Maginot qui devait permettre d’économiser un grand nombre de division est devenu en réalité un gouffre en argent en armement et hommes. De plus c’est un investissement inutile car une division de forteresse ne peux combattre dans de bonne condition qu’en forteresse. C’est pour cette raison que Weygand ne pourra pas utiliser, puis sauver des troupes incapable de ce déplacer.

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Message par avz94 le Lun 4 Fév - 0:50

Bonsoir,

trois photos :

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Le général Gamelin en compagnie du vise-amiral Darlan passant en revue les fusiliers marins le 29 octobre 1938 (photo R.H.A)

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Le général Gamelin en 1932 (photo R.H.A.)

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Les généraux Georges, Gamelin, Colson à Rethel (photo R.H.A.)
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Message par capablanca le Mar 12 Fév - 20:36

avz94 a écrit:Bonsoir,

trois photos :

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Le général Gamelin en compagnie du vise-amiral Darlan passant en revue les fusiliers marins le 29 octobre 1938 (photo R.H.A)


Le vise appuyé sur le bras du crime lol!

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Message par Tobrouk le Mer 13 Fév - 11:02

Bonjour capa!

Comprend pas ??????

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Message par capablanca le Jeu 14 Fév - 17:52

C’est ce que Chateaubriand avait dit quand il avait vu Fouché et Talleyrand entrer dans le bureau de Louis XVIII. Voir Gamelin et Darlan ensemble, sa me fait penser à la même chose qu’un Talleyrand et Fouché cote à cote. En plus c’est le « vise » amiral Darlan lol.

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Message par Tobrouk le Jeu 14 Fév - 19:23

Merci capablanca d'avoir éclairé ma lanterne

Je n'avais pas tout compris!

Amitiés

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Message par 83spahis le Jeu 27 Nov - 8:33

Bonjour à tous,

"Le Général Gamelin et le vicomte Gort, généralissime de l'armée britannique, passent en revue la compagnie d'honneur." (L'illustration, juillet 1939).

En effet, les Anglais ont participé cette année-là à la revue du 14 juillet. C'était aussi le 150e anniversaire de la Révolution.

A noter que les sabres sont bien utiles pour marcher.



Cordialement

Jean-Jacques

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Message par Tobrouk le Jeu 27 Nov - 10:50

Merci J Jacques!

Le sabre servirait-il de cane à ces vieillards! ces gens là devaient penser à leur gloire passée!

merci pour les photos

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