TEMOIGNAGE.Jean Coulmiers avait 14 ans lorsque la guerre a commencé. Il était « agent cycliste » pour la Défense passive. Souvenirs d'une période douloureuse.
Aujourd'hui, Vernon célèbre le 65e anniversaire de sa libération. Le 26 août 1944, les troupes alliées reprenaient la ville aux Allemands. Un souvenir très vif dans la mémoire de Jean Coulmiers. « J'avais alors 18 ans, raconte-t-il. Bien sûr, j'étais content, en tant que Français et patriote, que l'occupant soit chassé. Mais je n'étais pas euphorique. Nous venions de vivre tant d'horreurs ! Je n'oublierai jamais. »
Jean est né à Vernon et a toujours vécu à Bizy, dans la même rue. En 1939, lors de la déclaration de guerre, il a à peine 14 ans. « Mais ma mémoire est intacte, assure-t-il. J'étais alors imprégné des souvenirs de la Grande Guerre que me racontaient mes grands-parents. » Son père est mobilisé et quitte la rue Sainte-Catherine. Le chef de secteur de la Défense passive sollicite Jean pour être « agent cycliste » (lire par ailleurs). « Pendant neuf mois, la vie s'organise mais la guerre n'est pas encore là. » En mai 1940, les Allemands attaquent la Belgique. Les réfugiés belges affluent à Vernon. « Nous étions intrigués par cette arrivée massive, se souvient Jean. A Vernon, nous vivions presque normalement. Nous allions à l'école, nous avions de la nourriture… » C'est le samedi 8 juin que tout bascule. « Mon grand-père et moi flânions dans les champs. Nous avons entendu un bourdonnement et nous avons vu arriver du Goulet un groupe d'avions. Ils suivaient la Seine. Ils ont lâché leurs bombes sur Vernon. Nous n'avions pas entendu la sirène. Et pour cause ! Les Andelys venaient d'être bombardés et la centrale électrique qui alimentait Vernon était touchée. C'était jour de marché. Il était 10 h. La population a été massacrée. » La ville subira deux autres bombardements, l'un à 14 h, l'autre à 19 h.
Les jours suivants, la ville se vide de ses habitants. Mais le grand-père de Jean décide que la famille reste. « Les élus sont partis aussi. C'était l'exode. Le directeur de l'hôpital, M. Ridoux, et le receveur des postes, M. Péhé, sont les seuls notables à être restés. C'était la panique. Il n'y avait plus aucune organisation. » Les jours qui suivent, les Allemands s'installent à Vernon.
Cet épisode tragique a marqué considérablement Jean. Pendant les années d'occupation, il cultive le jardin. Son grand-père est décédé en 1942 et il est « l'homme de la famille ». Il travaille aussi, comme apprenti commis architecte. Et il est brancardier lorsque, le 26 mai et le 8 juin 1944, l'aviation américaine bombarde à son tour la ville pour préparer la Libération. « Plus de soixante-dix Vernonnais ont perdu la vie sous les bombes alliées. Des familles ont été précipitées dans le deuil. Alors comment imaginer être euphorique, quelques semaines plus tard, quand la ville a été libérée. J'étais heureux, bien sûr, mais ça a coûté vraiment très cher en vies humaines. Et dans chaque nom de victime que l'on lit sur le tableau, à la mairie, il y a pour moi un visage, du sang et des larmes… »
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