Le 25è RTS

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Français Le 25è RTS

Message par Tobrouk le Mar 15 Avr - 19:38

Le sacrifice des Sénégalais

"A partir du 15 juin, les dernières unités constituées de l’armée coloniale vont être jetées dans la bataille alors que celle-ci s’avère déjà perdue. D’ailleurs, elles sont utilisées en unités dispersées, comme la 8e D.I.C. qui, partie de Montélimar, abandonne l’un de ses régi­ments, le 25e R.T.S. aux abords de Lyon pour participer à la défense du débouché de la vallée du Rhône. Engagée près de Mantes, elle va se battre en retraite, autour de Houdan, puis de Maintenon.


Le 24 juin, près de La Haye-Descartes, devant Châtellerault, le fameux R.I.C.M. déclenche une contre-attaque sur les éléments enne­mis qui tentent de franchir la Creuse. Les Allemands sont bousculés et abandonnent du matériel et de nombreux prisonniers, stupéfaits et furieux

- Qu’est-ce qu’il vous prend ? demandent-ils. La guerre est finie ! On ne tire plus !

Ils s’attirent cette superbe réponse :
- La guerre sera finie lorsque vous serez rentrés chez vous !

Même si, dans les heures qui suivent, les hommes du R.I.C.M. sont obligés d’admettre qu’effectivement l’armistice est signé, ils font de cette réplique une sorte de devise. Ils sauront s’en souvenir, dans quatre ans.

Demeuré autour de Lyon, le 25e régiment de tirailleurs sénéga­lais du colonel Bouriand a été fractionné en deux éléments. Un batail­lon demeure sur la rive gauche du Rhône, affecté à la défense immédiate de la ville, les deux autres sont répartis à l’ouest, entre Saint­Etienne et Lyon sur la ligne Saint-Germain-au-Mont-d’Or-Chasselay. Leur mission tient en peu de mots : « Tenir sans esprit de recul. » Pour les Sénégalais, c’est un ordre clair, simple, qu’il ne sera pas question de. transgresser. Le 25° R.T.S. est implanté face au nord, d’où déferle la IV" Pan­zerdivision du XVI° Armeekorps. Les Allemands croient maintenant à une simple promenade militaire. L’armistice pointe à l’horizon de cette dernière semaine de campagne. Le 18 juin, ils se préparent à déborder Lyon par la rive droite du Rhône. Le 19, après avoir dépassé Anse, ils s’apprêtent à effectuer un mouvement tournant qui les ramè­nera sur leur axe, par Rive-de-Gier. Et puis ils tombent sur le point d’appui de Montluzon.


Dans la nuit qui précède, le 25" R.T.S. a reçu l’annulation. de l’ordre précédent leur intimant de « tenir jusqu’au bout ». Une partie de l’effectif s’est repliée sur Rive-de-Gier, mais il reste un bataillon qui n’a pu être touché par le message, six cents hommes, installés en point d’appui dans le couvent des Sueurs de Saint-Joseph, dont ils ont fait une véritable place forte commandant le débouché de tous les axes qu’elle interdit. Les Allemands disposent de chars, de canons, de mitrailleuses. Les Sénégalais n’ont que des fusils « 86/93 » rescapés de la Grande Guerre. Un fusil mitrailleur par section et aucune arme lourde. Qu’à cela ne tienne, les Sénégalais opposeront aux blindages leur volonté et leurs baïonnettes. L’attaque se déclenche aux premières heures du matin. Les pertes sont importantes, des deux côtés, mais le couvent reste entre les mains des tirailleurs.


A coups de canon, l’ennemi essaie de détruire un par un les nids de résistance, puis repart à l’assaut. C’est un nouvel échec. Toute la journée, des combats au corps à corps opposent les Sénégalais à des vagues successives d’assaillants. Pour réduire le petit bataillon, il ne faut pas moins d’une brigade blindée et deux régiments de panzer­pionniers. Au soir, les points d’appui sont encerclés et tombent, les uns après les autres.

Il n’y a pas un seul cadre européen en état de combattre, plus un seul qui puisse intervenir au profit des Africains. Ceux-ci sont d’abord rassemblés devant le mur du couvent et fusillés à la mitrail leuse. Certains, fous de terreur, tentent de se réfugier dans. les caves du couvent. Ils y sont pourchassés, abattus à la mitraillette. Pour mieux les tuer, on leur a attaché les mains avec du fil de fer barbelé. Le carnage se poursuit, affreux, impitoyable. Désarmés, les tirail­leurs sont pendus par les pieds aux arbres des vergers, d’autres, ali­gnés, couchés, sur la route, sont écrasés par les chenilles des chars. Seuls une vingtaine d’entre eux sont épargnés. Ils passent la nuit, debout, enchaînés par du fil de fer. Ils espèrent peut-être avoir la vie sauve. Espoir vain. Dès le matin, l’horreur s’installe à nouveau et, cette fois, on ne peut plus parler d’exaspération, d’excitation due au combat. La décision prise à leur égard a été mûrement réfléchie. Elle va être froidement mise à exécution. A l’aube, un officier détache treize d’entre eux. On les emmène à Lentilly, où on leur donne l’ordre de creuser leur tombe. Ils sont alors fusillés, par les mitrailleuses des Panzers. Toujours entravés, comme des bêtes fauves, les survivants sont poussés, vaille que vaille, jusqu’au faubourg lyonnais de Vaise. Là, au bas de la montée de Bal­mont, on les achève, à coups de pelles, de baïonnettes : ils n’ont sans doute pas été jugés dignes d’une balle dans la tête."
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