LES DERNIERS JOURS DE LA 12° D.I.M. (26 mai - 4 juin 1940)

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Europe LES DERNIERS JOURS DE LA 12° D.I.M. (26 mai - 4 juin 1940)

Message par avz94 le Jeu 6 Mar - 23:30

Extrait des dernières pages d'une plaquette sur la 12° DIM qui évoquent avec précision et sans complaisance le repli de la 12° DIM sur Dunkerque et sa participation à la défense de la tête de pont. L'auteur était Lieutenant à la compagnie du Génie 12/1 de la 12° Division d'Infanterie Motorisée en 1939-1940.


La 12° D.I.M. avait été engagée dans le secteur de Sierck-les-BAins du 14 au 28 septembre 1939. Le 10 mai 1940, intégrée au V° C.A., elle participe à la manoeuvre DYLE, responsable du secteur de Spy, entre la 15° D.I.M. et la 5° D.I.N.A.
Contrainte au repli par la rupture du front de la Meuse, elle va entreprendre à compter du 15 mai une longue marche en retraite vers l'ouest, évitant de justesse grâce à la rapidité des décisions de son chef, d'être encerclée à Bavai dès les 19-20 mai. Chargée d'occuper, face à l'est, la position frontière au sud de Lille dans la région de Cysoing, elle doit à partir du 26 se reporter sur la Lys, quand est abandonné tout espoir de contre-attaque du groupe d'armées nord vers la Somme. L'évacuation de la 1re armée vers Dunkerque se révèle très difficile, car les divisions doivent s'écouler par l'étroit goulot constitué par l'agglomération lilloise, alors que les Allemands bordent le canal de la Deule devant Carvin et attaquent violemment à Bouchain et Raismes.

LE REPLI SUR DUNKERQUE (26 au 30 mai matin) :

Dans l'esprit du commandement français, la tête de pont de Dunkerque doit constituer un vaste camp retranché, que l'on pourra ravitailler par mer et qui fera peser une menace constante sur les arrières ennemis. Pour les Britanniques, c'est une simple zone de rembarquement, couverte avec des moyens limités.
L'ennemi va régler le différend !
Attaquant le 26, ROMMEL fonce sur La Bassée, Fournes et Lomme qu'il atteint le 27 au soir, coupant la retraite à une notable partie de nos divisions. Le rétablissement sur une large tête de pond est compromis. Le coup de grâce est donné à l'est par l'armée Reichenau qui "enroule" l'armée belge et la contraint à capituler le 28 à 0 heure. Notre flanc est découvert.

Seules, quelques grandes unités, dont la 12° D.I.M., parviendront à éviter l'encerclement dans Lille, puis à rejoindre Dunkerque.

1) - LE GOULOT DE LILLE (26 au 28 mai soir) :

26 mai : Le Général JANSSEN, appelé au P.C. du III° C.A., revient à 12 heures, porteur de l'ordre de repli pour les éléments engagés dans la poche de Valenciennes.

L'armée doit se rétablir sur la Lys. Le mouvement de repli sera entamé dans la nuit du 26 au 27. Notre corps d'armée, avec ses éléments organiques et ses quatre divisions, disposera d'un seul itinéraire; il faut donc s'attendre à de la confusion, et à une grande lenteur dans les mouvements. La 12° D.I.M. formera l'arrière-garde, son infanterie constituant sur la coupure de la Marque un échelon de repli qui devra contenir l'ennemi jusqu'au 27 au soir.

Comme pour chaque repli, le décrochage, ce soir, sera couvert par une croûte, forte d'une section par bataillon, qui devra abuser l'ennemi jusqu'à l'aube du 27.

On dépêchera les éléments lourds (225° R.A. et T.R.) dès cet après-midi, afin d'alléger la charge des itinéraires. Tout le monde empruntera l'axe Templeuve, Lesquin, faubourgs sud de Lille, Lomme, Armentières.

Ce n'est pas tout. Ordre est donné de brûler les drapeaux et les étendards.

L'évolution très rapide de la situation justifie cette mesure extrême :
La division marocaine a été écrasée sous les bombes des Stukas; une brèche s'est ouverte à Carvin. Le 106° R.I. a subi un violent bombardement; il va se replier, sur ordre, en direction de Camphin, assurant avec la 5° D.I.N.A. la couverture, face à l'ouest et face au sud, du décrochage du V° C.A.

Le goulot de Lille est donc de plus en plus menacé par le sud-ouest.

Le décrochage de la position se fait sans difficulté, les mouvements sont lents (l'aviation ennemie a bombardé les axe routiers) mais s'opèrent dans l'ordre. Le général avait insisté auprès des chefs de corps pour qu'ils renseignent les officiers sur la situation générale et sur les raisons qui commandent ce nouveau repli.

27 mai : Le général a quitté son P.C. de Beron à 3 heures, un peu avant le décrochage de la croûte. Il se porte à Lesquin, à proximité immédiate de la Marque, sur laquelle s'installent le 8° Zouaves et le 150° R.I.

Les colonnes du III° C.A. progressent lentement. Fantassins, convois hippo et auto sont souvent enchevêtrés. La Luftwaffe harcèle et freine les mouvements en bombardant les carrefours et en mitraillant les grands alignements. Ce spectable est navrant et l'on se demande où est la chasse des Alliés.

Par contre, tout est calme devant nos deux régiments d'infanterie.

Après réception de ce renseignement satisfaisant, à 17 heures, le général et son état-major quittent Lesquin pour gagner le nouveau P.C. de Steenwerck, à 20 km de là. Il leur faudra 3 heures pour y parvenir, après une étape rendue pénible par les embouteillages et les bombardements.

Au même moment, nos deux régiment commencent à décrocher de la Marque. Ils se dirigent sur Armentières, le 150° R.I. ferme la marche. Une série d'incidents graves les attend.

28 mai : A une heure du matin, la tête du 8° Zouaves arrive à Lomme et tombe sous le feu de blindés allemands (nous saurons plus tard que ce sont les chars de Rommel). L'ennemi barre la route d'Armentière et il n'est pas question de forcer le passage pendant la nuit. La colonne stoppe et le Colonel ANZEMBERGER découple des reconnaissances pour trouver un autre itinéraire.

Le Commandant GALINY du III/25° R.A., qui était sur les lieux, fait alors mettre en batterie des pièces de 75 qui "débouchent à zéro" et détruisent ou repoussent les chars allemands. Au cours du duel entre les canons français et les panzer, le Commandant GALINY est tué.
Renseigné vers 4 heures du matin par ses reconnaissance, le Colonel ANZEMBERGER aiguille son régiment sur Lambersart, Perenchies et Houplines et il franchit la Lys au pont de Frelinghien gardé par un détachement britannique. Vers 15 heures, épuisé, le 8° Zouaves atteint enfin la région de Nieppe.

Derrière lui, le 150° R.I. est arrivé à Lomme à six heures, il y règne une confusion totale. Le Colonel BASSE, qui avait devancé son régiment sur la Lys, serait tombé sur une unité allemande; il est porté disparu. Le Commandant DELAVEAU, qui commande la colonne, envoie des reconnaissances, se renseigne : un seul itinéraire est libre, par Lambersart et Verlinghem. Vers 14 heures, parvenu au nord de cette localité, le 150° R.I. tombe, à son tour, sous le feu de blindés ennemis. Les moyens anti-chars entrent en action; plusieurs chars sont détruits et l'ennemi se retire vers 15 heures. Mais cet engagement nous a coûté une centaine d'hommes. Parmi eux, il faut citer le Lieutenant NOËL qui, fusil-mitrailleur au poing, refusa de se rendre au char qui l'ajustait, et soutint jusqu'à la mort une lutte sans espoir.

Vers 17 heures, profitant d'un orage, le 150° R.I. réussi à franchir la Lys au pont de Frelinghiem. Il atteint sa zone de stationnement à Nieuwerke, épuisé de fatigue, à 20 heures.

C'est le dernier élément qui échappera à la nasse de Lille.

Nous avons laissé le 106° R.I. le 26 au soir, entamant son décrochage sur Camphin. Toujours en arrière-garde, livrant de durs combats, cherchant en vain un passage libre sur la Deule, il se replie sur Phalempin, Seclin et le faubourg des Postes à Lille, qu'il atteint le 28. Tous les passages de la Deule et les faubourgs est de Lille sont tenus par l'ennemi. Le Colonel TARDU se met à la disposition du Général JUIN, commandant la 15° D.I.M. Violemment bombardé le 29 après-midi, le 106° R.I. repousse les attaques de l'infanterie ennemie. Il cessera la lutte sur ordre, le 29 au soir.

Au cours de ces cinq dernières journées, le 106° R.I. a été lourdement éprouvé, perdant plusieurs centaines d'hommes, dont 80 tués. Citons parmi les morts le Capitaine de l'ESTOURBEILLON, les Lieutenants BURCKART, CLEMENT, DENIS, MILLOT, MOREL.

Le G.R.D.I./3, qui tenait des ponts sur la Deule dans la nuit du 26 au 27, a décroché, lui aussi. Il cherche à rejoindre la 12° D.I.M. mais ne peut franchir la coupure. Après avoir participé à une tentative de percée qui échoue, le Commandant MOZAT, à l'instar du Colonel TARDU, se met aux ordres du Général MOLINIE, commandant les grandes unités encerclées dans Lille. Il cessera le combat le 31 au soir.

L'ennemi accordera les honneurs de la guerre au 106° R.I. et au G.R.D.I./3.

En résumé, les formations qui étaient demeurées dans le cadre de la 12° D.I.M. ont pu quitter la poche de Valenciennes. Celles, par contre, qui avaient été détachées dans d'autres divisions n'ont plus trouvé d'issues vers la Lys.

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Message par avz94 le Jeu 6 Mar - 23:31

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2) - DE STEENWERCK A DUNKERQUE (28 soir au 30 matin).

Pendant que nos troupes subissentces vicissitudes, des événements importants se passent à Steenwerck au cours de la journée du 28 mai.

Dans cette ville flamande, la confusion est extrême. Des détachements et des isolés appartenant aux éléments les plus divers sillonnent les rues. Les états-majors y sont accumulés, ceux de la 1re armée, des III° et V° C.A., du corps de cavalerie, de la 1re D.M.I. de la 32° D.I., le nôtre enfin, rapidement et convenablement installé, ce qui lui vaut de nombreuses visites.

a) La décision de rejoindre Dunkerque :

Vers 17 heures, après une journée d'angoisse, au cours de laquelle les renseignements deviennent de plus en plus alarmants, le Général de La LAURENCIE rassemble à notre P.C. les commandants des 12° et 32° D.I., des représentants de l'armée et du corps de cavalerie. Il brosse le tableau de la situation créée par la poussée allemande et la capitulation belge. Elle est précaire : acculés à la mer et enserrés dans un étau, les franco-britanniques occupent une poche profonde de 50 km entre la côte et la Lys. La largeur de ce réduit est de 35 km à hauteur du rivage, elle n'en compte plus que 15 dans la partie sud. La défense a été improvisée et les effectifs qui y participent sont notoirement insuffisants.

Sur la face ouest de la poche, la 68° D.I. est déployée le long des canaux de Mardyck et de la Haute-Colme; le secteur fortifié des Flandres (S.F.F.) défend la région de Bergues; une division britannique s'accroche autour de Cassel. Au sud, le corps de cavalerie s'échelonne le long de la Lys. A l'est, plusieurs divisions britanniques contiennent avec difficulté, de Frelinghein à l'Yser de Knocke, la poussée ennemie; elle sont prolongées à hauteur du canal de Loo et jusqu'à la mer par le 2° D.L.M. et les débris de la 60° D.I. Tous ces éléments sont étirés sur de grands fronts et amoindris par les épreuves. On est à la merci d'une percée.

Ensuite, le Général de La LAURENCIE déclare : "nous sommes à la veille d'une capitulation en rase campagne. J'ai obtenu du général commandant la 1re armée l'autorisation d'effectuer une tentative pour rejoindre Dunkerque avec le personnel qui peut encore être sauvé... Voulez-vous me dire si vous considérez la chose comme possible. Dans l'affirmative, le mouvement de repli serait entamé demain au jour".

La décision à prendre est d'une extrême gravité. Les avis sont partagés, la discussion s'engage. Nos éléments sont épuisés; à l'heure présente, ils n'ont pas tous franchi la Lys et on va leur demander de parcourir, sans prendre de repos, 50 km supplémentaires. D'autre part, l'action tentée sera vouée à l'echec si elle n'est pas entreprise dès la nuit prochaine. Ces facteurs contradictoires engendrent une certaine hésitation. On se sépare sans prendre de décision.

Le commandant du III° C.A. revient à 19 heures. Il insiste, expliquant qu'on embarquera pour reprendre ensuite le combat. Il recueille alors l'adhésion générale.

Il prescrit le mouvement en 3 colonnes parallèles, le corps de cavalerie à l'ouest, la 12° D.I.M. au centre, la 32° D.I. à l'est. Le mouvement débutera dès la tombée de la nuit et continuera toute la journée du 29. A la manière de Bugeaud, le dispositif sera couvert de front, sur le flanc ouest et en arrière par des blindés du corps de cavalerie; les Britanniques, dont les mouvements sont déjà en cours, assureront ipso facto la couverture du flanc est. Enfin pour éviter les embouteillages, tous les vehicules, à l'exception des canons, des engins de combat et de quelques voitures de liaison, seront abandonnés et sabotés avant le départ. La réussite de l'opération est à ce prix.

b) Le repli :

Après avoir brûlé les archives et détruit la plupart des moyens de transport, la division se met en route à 21 heures 30 pour gagner Ghyvelde par Nieuwkerke, Dranouter, Poperinge, Proven et Hondschoote. Des éléments de la 1re armée, des III° et V° C.A. précèdent nos formations qui s'échelonnent dans l'ordre : G.S.D., Q.G., 25° R.A., 150° R.I., 8° Zouaves (le 225° R.A. est déjà à Dranouter).

Les corps de troupe, dont certains se sont remis en marche après deux heures de repos seulement, progressent très lentement sur l'itinéraire fixé. Les unités de transmissions du corps de cavalerie encombrent notre route avec des voitures qu'elles auraient dû abandonner. un bataillon de la 32° D.I., axé en principe sur Adinkerke, oblique vers l'ouest et cisaille notre itinéraire. Des batteries hippomobiles du 3° R.A. s'insèrent dans notre colonnes. Et l'on attend longtemps au sud de Nieuwkerke, jusqu'à ce que cesse le défilé de formations motorisées britanniques provenant de Warneton et se dirigeant sur Dranouter.

Il est facile d'imaginer le désordre qui peut résulter, dans l'obscurité, d'un tel imbroglio. A ce malaise s'ajoute un sentiment d'insécurité, car des incendies, jalonnant l'avance ennemie, forment un vaste cercle avec une seule coupure, vers Poperinge; on aperçoit même, à faible distance, de nombreuses fusées éclairantes.

Après avoir cherché en vain des raccourcis, l'infanterie de la division progresse en dehors des routes; malgrè l'obscurité et la fatigue, elle comserve ses unités dans un ordre relatif.

Dès l'aube du 29 mai, la Luftwaffe reprend ses attaques; elle tient sous son feu la route de Poperinge à Hondschoote, harcelant sans cesse les colonnes; elle bombarde sévèrement Proven.

A partir d'Oostcappel, le réseau routier est sous le contrôle exclusif de l'autorité britannique qui se dispose en toute liberté et gêne nos propres mouvements. Et quand nos têtes de colonne parviennent à Hondschoote et au canal de la Basse-Colme, les Britanniques se montrent impitoyables : les animaux et les vehicules ne sont pas admis au nord de la coupure ! Force est donc de les abandonner et de basculer dans les fossés chenillettes, voiturettes, tracteurs, canons, et m^me postes radio. La 12° D.I.M., déjà privée de nombreux moyens de transport avant le départ de Steenwerck, est maintenant démunie de moyens de transmissions et de combat, par décision de nos Alliés. Les cadres et les hommes ont respecté ces consignes absurdes parce qu'on leur avait affirmé, de bonne foi, qu'ils allaient embarquer. Il est bien évident que les choses se seraient passées tout autrement s'ils s'étaient doutés, à ce moment, de ce qui les attendait le lendemain.

c) La 12° D.I.M. n'embarque pas. Elle participe à la défense de Dunkerque :

Pressé de connaître les conditions dans lesquelles sa division va stationner à Dunkerque, puis embarquer, le général, accompagné du Commandant PALMIERI, a doublé ses unités dans la nuit du 28 au 29 et les précède, au jour, à partir de Poperinge. Il est obligé d'intervenir plusieurs fois auprès des Britanniques pour forcer les nombreux barrages qui s'opposent à notre progression. Détourné à plusieurs reprises après Hondschoote (les Anglais n'ont tout de même pas eu l'audace de l'obliger à abandonner sa voiture !), le général arrive au P.C. du gouverneur de Dunkerque, Bastion 32, à 10 heures 30. Il est accueilli aussitôt par le Général FAGALDE, commandant le XVI° C.A., chargé, sous l'autorité de l'amiral ABRIAL, de la défense de la tête de pont de Dunkerque.

Le commandant du XVI° C.A. a été investi d'une responsabilité écrasante. C'est sur lui seul que va reposer le succès ou l'échec de ce que l'on appellera plus tard le sauvetage de Dunkerque. Il s'agit de couvrir les embarquements des Anglais qui ne participeront pas à la défense rapprochée de la tête de pont. Il faudra ensuite essayer d'embarquer le maximum de Français.

Au moment où survient le Général JANSSEN, les Allemands viennent d'atteindre Gravelines; ils commencent à menacer Bergues; et l'on se bat dans Furnes. Pour faire face à la pression qui s'est d'abord exercée à l'ouest, le Général FAGALDE a jeté toute ses ressources de ce côté; mais il y a un vide à combler de Hondschoote à Bray-Dunes. Désabusé par tout ce qu'il voit depuis plusieurs jours, déçu par les multiples démarches de ceux qui sollicitent une place sur un bateau, le Général FAGALDE ne fonde pas de grands espoirs sur l'aptitude au combat des éléments disparates qui ont pu s'échapper du guépier de Lille et de Steenwerck. Mais après quelques instant d'entretien avec notre général, il comprend très vite qu'il s'est trompé et qu'il s'agit au contraire d'une aubaine inespérée. Il explique alors que le Général WEYGAND lui a donné pleins pouvoir pour disposer à son gré des unités pénétrant dans la zone; et il enjoint au Général JANSSEN de regrouper sans délai sa division en vue de participer au plus vite à la défense de la tête de pont.

Etonné de ne pouvoir faire embarquer sa division comme on le lui avait promis à Steenwerck, le Général JANSSEN surmonte rapidement sa déception. Cependant connaissant bien l'état de fatigue et de dénuement de ses hommes, il sait qu'il faudra les préparer moralement à reprendre la lutte, c'est-à-dire à surmonter leur propre déception et accepter une mission de sacrifice, alors qu'ils vont avoir le spectacle de milliers d'hommes voguant vers l'Angleterre. Aussi demande-t-il un délai de 36 heures, à partir du 29 mai midi, avant de s'intégrer dans le dispositif de défense. Ce délai est accordé.

Il faut maintenant se retrouver et se regrouper, avant de se recompléter en armes, munitions et vivres. Le Commandant PALMIERI a prouvé un P.C. au carrefour principal de Malo-Terminus, bien placé sur l'axe de notre futur secteur, facile à trouver, à faible portée de nos régiments. Le général établit rapidement le stationnement de la division, axant déjà les régiments sur leur mission future; et les officiers de liaison se portent à Ghyvelde pour aiguiller au passage les unités sur leur point de destination. Ces dernières défilent toute la soirée et une partie de la nuit. Certaines d'entre elles, totalement épuisées, se sont arrêtées sur le bord de la route à Hondschoote, attendant la fin des embouteillages; elles s'endorment et évitent de peu la capture.

Le 30 mai avant l'aube, les derniers éléments de la division ont franchi le canal de la Basse-Colme. Pour la troisième fois depuis Namur, la 12° D.I.M. a échappé à l'étreinte de l'ennemi.

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Europe Re: LES DERNIERS JOURS DE LA 12° D.I.M. (26 mai - 4 juin 1940)

Message par avz94 le Jeu 6 Mar - 23:32

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DUNKERQUE (30 mai - 4 juin 1940) :

Face à un adversaire qui ne cesse de se renforcer, les débris du G.A.N. sont maintenant acculés à la mer, dans un quadrilatère dont les limites terrestre sont respectivement :
- à l'ouest, le canal de Mardyck et la trouée de Spycker;
- au sud, le canal de la Haute-Colme puis la Basse-Colme;
- à l'est, la région des Moeres et les blocs frontières de Chyvelde et Bray-Dunes;
soit une longueur de 22 km et une profondeur de 10 km.

Les faces ouest et sud, où les Allemands ont pris contact, sont déjà garnie par la 68° D.I. en amont de la petite citadelle de Bergues et par le S.F.F. (Secteur Fortifié des Flandres), de composition assez disparate, jusqu'à Uxem.

La face est va être confiée à la 12° D.I.M. Devant elle, deux divisions britanniques ont abandonné Furnes et se replient sur Dunkerque, talonnées de près par l'ennemi.

Comme réserves, le Général FAGALDE ne dispose que des débris des 32° et 60° D.I. Pourra-t-il compter sur le concours des Britanniques ? Pour le moment, rien n'est moins sûr.

C'est dans ces conditions critiques que va s'organiser la défense rapprochée de Dunkerque, pour couvrir l'embarquement des Britanniques, puis d'une partie des Français (les spécialistes et les non-combattants) jusqu'au 4 juin à l'aube, au prix de lourdes pertes et en sacrifiant la majorité des défenseurs de la tête de pont.

a) 30-31 mai - Le regroupement et la tombée en garde de la 12° D.I.M.

L'ennemi concentre son effort contre les opérations d'embarquement. Malgré la vigueur de la D.C.A. britannique et le raids de la R.A.F., la Luftwaffe porte des coups sévères à la flotte de transport et aux unités de l'escadre; l'artillerie allemande entre en action et pilonne systématiquement le port et les plages. Par contre, le front de combat est relativement calme : manifestement, l'ennemi prend ses dispositions pour une attaque générale; il lui faut le temps d'amener son infanterie à pied d'oeuvre.

La 12° D.I.M. va donc bénéficier d'un répit pour se remettre en condition. Elle en a grand besoin : diminuée par ses pertes, amoidrie par des prélèvement, désorganisée par les destructions de véhicules et d'armement, épuisée de fatigue, elle va avoir à se battre "sans esprit de recul". Cette formule, tant galvaudée pendant la campagne, retrouve ici toute sa valeur. Car le moindre abandon de terrain pourrait compromettre les opérations d'embarquement.

regrouper et réarmer ses unités, concevoir la défense du secteur est, préparer moralement ses hommes à reprendre le combat, telles sont les préoccupations du Général JANSSEN.

N'ayant appris que le 29 au soir les destructions systématiques opérées par les Britanniques, le général se rend le 30 au matin auprès du Général FAGALDE et lui expose l'état actuel de sa division. Le Général FAGALDE confirme ses directives de la veille. Il indique que nous serons embarqués lorsque notre mission aura pris fin, qu'il nous faut récupérer l'armement et le matériel laissés sur place par les Britanniques et le corps de cavalerie. Il accorde toutefois des renforts appréciables : quatre groupes d'artillerie des 15°, 215° et 318° R.A., le G.R.D.I. n° 92 (de la 2° D.I.N.A.) et plus tard un escadron de chars Hotchkiss.

De retour à son P.C., le général donne sa conception de la défense qui s'écarte, sur un point important, des directives du 16° C.A. Le Général FAGALDE voulait pousser le dispositif au plus près de la frontière, et donner ainsi la plus grande largeur possible à la tête de pont. Le Général JANSSEN, qui a déjà parcouru le terrain, a constaté que les Moeres sont inondées au sud du canal des Chats. Suivre à la lettre les instructions du corps d'armée reviendrait à nous battre le dos à ces inondations. Aussi le général ramène-t-il la L.P.R. (Ligne Principal de Résistance) sur le canal des Chats, lui assurant ainsi le bénéfice d'un obstacle anti-chars et anti-infanterie apprèciable.

L'ordre de défense du secteur est alors le suivant :
- sous-secteur nord : entre la côte et le canal de Furnes, aux ordres du Colonel ANZEMBERGER : 8° Zouaves, appuyé par le groupement Ardouin-Dumazert (I/15 et II/318 R.A.);
- sous-secteur centre : entre le canal de Furnes et 500 m sud de Ghyvelde, aux ordres du Colonel DELAVEAU : 150° R.I.;
- sous-secteur sud : entre le 150° R.I. et Uxem, aux ordres du Lieutenant-Colonel de BOISSIEU : G.R.D.I. n° 92.

Le II/15 et ce qui nous reste du 25° R.A. appuieront ces deux sous-secteurs.

L'action d'ensemble (V/215 et VI/225 R.A.) sera aux ordres du Lieutenant-Colonel HENNEGRAVE. Nous disposerons, en outre, des feux de deux batteries de côte à Zuydcoote et Bray-Dunes.

Les chefs de corps reçoivent cet ordre à 18 heures et procèdent le soir même aux reconnaissances du terrain.

Pendant ce temps, le regroupement des unités se poursuit; des détachements organisés se répandent pour explorer les alentours, fouiller les camions alliés abandonnés, et rechercher des dépôts pouvant contenir des vivres et des armes.

Le 1er Bureau a pu dresser un premier bilan de nos moyens : le 8° Zouaves ne compte plus que 900 hommes disposant d'une vingtaine d'armes automatiques; le 150° R.I., un peu moins démuni, à pu rassembler 1 250 hommes et une quarantaines d'armes automatiques; notre artillerie ne possède plus que 12 canons. Par contre, les éléments de renforcement sont à peu près au complet : ce qui porte les effectifs à 8 000 hommes, la moitié d'une division ! Pour l'armement, la proportion n'est pas meilleure.

C'est ce bilan que le général va porter lui-même au 16° C.A.; en même temps, il précise les modifications qu'il a apportées au tracé de la position. Le Général FAGALDE est en tournée; et c'est son chef d'état-major qui reçoit ce compte rendu, sans faire le moindre commantaire.

Le 31 matin, les Généraux FAGALDE et JANSSEN se rencontrent à Zuydcoote. Le commandant de la tête de pont vient d'inspecter plusieurs points d'appui devant Bray-Dunes, et il ne cache pas son excellente impression. Par contre, il exprime sa surprise devant les modifications apportées au tracé de la L.P.R. dans la partie sud du secteur. Le Général JANSSEN lui explique les motifs de ce changement, et le Général FAGALDE ne eput que se ranger à son avis. Notre défense bénéficiera donc bien de l'obstacle que constituent les Moeres inondées.

Le Général JANSSEN poursuit seul l'inspection des sous-secteurs. Comme à l'accoutumée, son contact direct avec les hommes s'avère bénéfique. Son calme rassure et la confiance qu'il inspire est communicative. Personne ne songe à discuter la mission de sacrifice qui vient de nous être dévolue. Partout on s'enterre et on ajuste les feux. Nos sapeurs préparent des destructions, et prolongent l'obstacle anti-chars sur la plage en édifiant une longue barricade de véhicule enchevêtrés. Ce chantier est pris sous le feu de l'artillerie ennemie, le Lieutenant BUZY-DEBAT et trois sapeurs de la Compagnie Cussenot sont tués, neuf grièvement blessés.

Il faut se hâter, car les Britanniques en retraite à l'est aborderont et traverseront notre position cette nuit. Pour éviter toute méprise, ils ont pris contact avec nous. Derrière eux, les Allemands ne tarderont pas à se présenter.

b) 1er juin - L'attaque allemande.

En début de matinée, le Général FAGALDE convoque les commandants de secteur à son P.C. du bastion 32. Il leur apprend que la marine va accroître son effort, que l'on peut espérer embarquer 20 à 25 000 hommes par nuit, indépendamment des éléments qui pourront être pris au large des plages. Dans ces conditions, les évacuations seraient terminées dans la nuit du 2 au 3 juin. Cette perspective arrive à point, car la situation dans la tête de pont devient critique.

La Luftwalle, depuis le départ de la D.C.A. britannique, ajuste à loisir ses objectifs. L'artillerie allemande, considérablement renforcée, pilonne l'ensemble du réduit; elle fait mouche à chaque coup dans ce pays nu, sans abri. Unités au combat, détachement prêt à embarquer, armes, services, états-majors, tous subissent des pertes sévères.

L'ennemi, enfin, déclenche son attaque sur tous les secteurs, cherchant la faille dans notre dispositif. Il la trouvera en un point névralgique, celui qui commande l'accès au port de Dunkerque.

Sur le front de la 12° D.I.M., les destructions des points de passage ont joué à 7 heures, après le repli des arrière-gardes britanniques. A 8 heures, l'ennemi prend le contact entre la mer et la région inondée des Moeres. De violentes concentrations d'artillerie s'abattent sur nos points d'appui, et l'attaque se déclenche.

Devant le 8° Zouaves, les avant-postes résistent aux coup de boutoir de l'ennemi jusque 13h30; ils sont alors contraints de se replier sur la L.R.P. L'infanterie allemande s'infiltre dans la zone de broussailles au bord de la mer; elle est freinée, puis stoppée par les tirs nourris et bien ajustés de l'infanterie et de l'artillerie d'appui direct. En aucun point, la L.R.P. ne sera entamée. Nos réactions sont brutales; les colonnes ennemies qui se risquent sur le pont d'Adinkerke, les Minenwerfer qui commettent la faute de s'installer à découvert, sont aussitôt détruits.

Devant le 150° R.I. l'ennemi ne peut même pas déloger les avant-postes bien couverts par des barbelés et les feux d'artillerie.

Il faut préciser que les casemates tenues par le 8° Zouaves et le 150° R.I. sont du type fortification de campagne; elles n'ont rien de comparable aux ouvrages de la ligne Maginot et se rapprochent des blockhaus allemands de l'Urteberg, que le 150° R.I. avait coiffés en quelques heures, le 15 septembre 1939.

Notre P.C. de Malo-Terminus n'a pas échappé aux feu de l'artillerie allemande. Dans la matinée, le carrefour a été soumis à des tirs de harcèlement, un projectile a touché directement un bureau de l'état-major, blessant grièvement le Lieutenant SIMONNET et plusieurs secrétaires dont CISERCHIA et JENNEVEIN. Il faut quitter ces lieux. Le P.C. va s'installer au fort des Dunes, masse imposante du type Sere De Rivières, dont les superstructures dominent l'ensemble des dunes. Un certain désordre y régne, qu'il nous faut réprimer avant de pouvoir travailler. Nos transmetteurs établissent rapidement les liaisons téléphoniques nécessaires. Avec courage et ténacité, ils en assureront l'entretien sous les bombardements qui couperont sans cesse les lignes.

Nous apprenons en fin de journée que d'importantes colonnes ennemies traversent le canal de Furnes en direction du nord. Une nouvelle attaque sérieuse est donc à craindre sur le front du 8° Zouaves pour le 2 juin à l'aube. Le général prescrit à l'artillerie divisionnaire d'exécuter des tir de harcèlement et d'interdiction, et il met l'escadron de chars Hotchkiss à la disposition du Colonel ANZEMBERGER.

Le bilan de ce 1er juin est positif pour la division. En stoppant net les Allemands, elle a gagné une journée dans le compte à rebours qui nous sépare de l'embarquement. Enfin, la vigueur et l'efficacité de notre artillerie ont inspiré confiance à nos fantassins et ont contribué largement à leur sursaut. Mais qu'en est-il sur les autres fronts de la tête de pont ?

Au secteur ouest, la 68° D.I. a maintenu ses positions, y compris la trouée de Spycker, malgré la pression ennemie. Par contre, la situation est inquiétante sur le front du S.F.F. Profitant du départ de la dernière unité britannique, l'ennemi a franchi en toute quiétude le pont de Benties-Meulen sur le canal de la Basse-Colme; il a occupé Hoymille et atteint Notre-Dame des Neiges, à 8 km du port.

Les unités du S.F.F. sont décimées et épuisées. Le Général FAGALDE met ses réserves à la disposition du S.F.F., pour qu'il reprenne à tout prix le terrain perdu, dès le 2 juin matin.

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Europe Re: LES DERNIERS JOURS DE LA 12° D.I.M. (26 mai - 4 juin 1940)

Message par avz94 le Jeu 6 Mar - 23:34

.../...

c) 2 juin - La mort du général.

Ce 2 juin est un dimanche. A l'aube, le général a participé à la messe célébrée dans une galerie du fort, par le Soldat ROCHE, de la section TOPO de la division. Notre chef a-t-il alors pressenti qu'il tomberait le soir même à quelques mètres de là ?

La nuit a été mouvementée. Jamais les feux de l'aviation et de l'artillerie ennemies n'avaient atteint une telle intensité. Les pertes ont été importantes dans les collonnes qui se rendaient vers le port. Quand aux navires promis en renforcement, ils ne sont pas venus ! Il faudra donc tenir un jour de plus, en souhaitant que l'on puisse, en deux nuits, embarquer les quelques 60 000 combattants qui restent, et que la tête de pont résiste à la pression croissante de l'ennemi. Raison de plus pour souhaiter le succès de la contre-attaque en préparation au S.F.F.

C'est une affaire bien difficile. Face à une concentration impressionnante de batteries et au dispositif très dense de l'infanterie allemande, le S.F.F. ne peut engager que des éléments très disparates, sur un terrain parfois spongieux, voire inondé. A l'ouest de la zone d'action, les unités du S.F.F. parviennent jusqu'à Hoymille, mais ne pourront s'y maintenir; à l'est, elles sont stoppées brutalement peu après leur débouché.

La contre-attaque se solde par un échec qui entraîne une menace sur le flanc sud de la 12° D.I.M.

Jusqu'alors passifs devant le sous-secteur du G.R.D.I. n° 92, les Allemands s'infiltrent dans la région inondée : ils occupent les îlots qui en émergent, les Moeres, Cromenhhouck, sous la protection de leur artillerie, qui inflige des pertes sérieuses au G.R.D.I. n°92. Le contact est imminent, et la situation d'autant plus délicate que le niveau des inondations baisse constamment pour des raisons qui nous échappe. Le large front de 2 500 mètres imparti au G.R. ne se justifiait qu'avec un obstacle valable. Soucieux pour cette unité, le général décide, à 10 heures, de mettre à la disposition du Lieutenant-Colonel de BOISSIEU une compagnie du 150° R.I., un peloton de chars Hotchkiss, une section du génie, et la totalité des feux du II/15° R.A. Ces dispositions permettrons au G.R.D.I. de tenir toute la journée, en dépit des pressions qu'il subira.

Au nord des Moeres, la bataille est engagée de nouveau. Après une intense préparation d'artillerie, les Allemands passent à l'attaque. En vain ! Le 8° Zouaves repousse trois assauts au cours de la matinée. La situation est identique au 150° R.I. Partout nos fantassins, remarquablement appuyés par l'artillerie et soutenus efficacement par les mortiers et les pièces anti-chars, réussissent à briser l'élan de nos adversaires.

A 14 heures, le général, accompagné du Médecin-Colonel MELNOTTE et du Capitaine de POMMERY, se rend sur la position. Il tient à se rendre compte de la situation, à recueillir les impressions des commandants de sous-secteur et à observer le comportement des exécutants. Il veut aussi leur préciser que la division embarquera dans la nuit du 3 au 4 juin. Partout, il trouve une ambiance de calme, de froide résolution et d'espoir. De retour à 16 heures, très satisfait de ce qu'il a vu, il est bien convaincu que la 12° D.I.M. remplira sa mission et il espère qu'elle pourra ensuite embarquer.

Les heures passent, la canonnade ne faiblit pas, causant des pertes élevées. C'est ainsi que, dans l'après-midi, la Compagnie Rouliot perd 20 sapeurs tué ou blessés, au cantonnement ou à la garde des dispositifs de destruction, soit le dixième de ses effectifs actuels. Le moral des hommes reste cependant très élevé. Citons, parmi tant d'autres exploits, le sursaut offensif d'une unité du 150° R.I., qui profite des effets d'un tir de nos artilleurs pour foncer sur les lignes allemandes et ramener 45 prisonniers. Les artilleurs du 25° R.A., servant une pièce anti-chars, avaient tenu à les accompagner; et ce détail permet de juger du tonus de nos combattants.

Il est maintenant 18 heures15. Le général est au P.C. de l'A.D., dans une salle du rez-de-chaussée qui donne sur la cour intérieure du fort. Ils'entretient à proximité du seuil avec un groupe d'officiers. Un bombardier allemand arrive au-dessus du fort; il lance une bombe qui tombe sur le pavé de la cour, ne faisant qu'un faible entonnoir; mais son effet n'en est que plus violent.

Le Capitaine de POMMERY, qui était à dix mètres de là et qui, par miracle, n'a pas été atteint, s'exprime ainsi :
"A l'intérieur du P.C. et immédiatement devant la porte, le Médecin-Colonel MELNOTTE, un genou à terre, examine le général dont la tête est fracassée. Immédiatement à gauche, il y a mon ami d'enfance, le Capitaine HELLE, chef du 2° Bureau, qui gît avec une horrible blessure au ventre. Le Capitaine de VARINE-BOHAN, mon adjoint, est étendu de l'autre côté, le cou profondément entaillé. A gauche de la pièce, un quatrième Polytechnicien, le Capitaine BOURGERIE, agonise, une jambe coupée... Dans le fond de la salle, il y a les corps des Adjudants-Chefs PRINCET et DERUEL. Et tous ceux qui se trouvaient dans la pièce au moment de l'explosion et que l'épaisseur des murs a suffi à protéger, sont figés de stupeur.

Le Colonel BLANCHON, commandant l'A.D., qui est le plus ancien, va assumer désormais le commandement de la division. Il adresse au Général FAGALDE un compte rendu qui est rapporté à 20 heures, annoté de la main du commandant de la tête de pont : " Je m'incline devant le souvenir du chef éminent qu'était le Général JANSSEN. Je suis persuadé que, malgré sa disparition, la 12° D.I.M. aura à coeur d'accomplir jusqu'au bout sa mission et de tenir sur place."

A 22 heures, le général et les officiers et sous-officiers tombés à ses côtés sont inhumés sur le rempart du fort. Les corps sont bénis par le soldat ROCHE; les honneurs sont rendus par le Peloton Paquet de l'escadron Poulin. Le Colonel BLANCHON dit l'adieu douloureux de la division à son chef bien-aimé. Cependant, son allocution devra être abrégée, car l'artillerie allemande tire à nouveau sur le fort.

Triste soirée pour la 12° D.I.M. Et les nouvelles des autres secteurs de la tête de pont n'apportent aucun réconfort.

Sur le front de la 68° D.I., évitant l'obstacle du canal de Mardyck, l'ennemi lance ses chars dans la troué de Spycker et s'empare de cette localité. A la limite gauche du secteur, un bombardement des Stukas ouvre une brèche dans les remparts de Bergues; la garnison est submergée. Après une résistance acharnée, la 68° D.I. se rétablit en crochet défensif devant Cappelle-la-Grande.

La situation est plus grave encore au S.F.F. Les Allemands ont stoppé la contre-attaque française à Hoymille; ils réoccupent Notre-Dame des Neiges, s'emparent de Coudekerque et menacent Teteghem. Ils sont à 3 km du port.

Le Général FAGALDE rassemble tous les moyens qu'il peut récupérer pour essayer de refouler l'ennemi le 3 juin matin; il nous reprend en particulier le gros de l'escadron hotchkiss, pour l'engager dans cette opération.

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Europe Re: LES DERNIERS JOURS DE LA 12° D.I.M. (26 mai - 4 juin 1940)

Message par avz94 le Jeu 6 Mar - 23:34

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d) 3 juin - 4 juin matin : La fin des combats :

Notre sort dépend du succès de la contre-attaque exécutée par le S.F.F.

Malheureusement l'ennemi a été très actif au cours de la nuit; il s'est infiltré le long du canal de Bergues et le S.F.F. a été contraint d'engager une partie des renforts. Et au moment où la contre-attaque devrait déboucher, les moyens nécessaires ne sont pas en place. L'artillerie, qui n'a pas été avertie de ce contre-temps, déclenche ses tirs prématurément. Les chars et l'infanterie, partant ainsi sans appui, subissent des pertes; nos troupes doivent se replier sur le canal des Moeres où elles sont acculées à la défensive. L'initiative change de camp.

Faisant effort sur l'axe Bergues-Dunkerque, les Allemands attaquent à 12 heures. A 18 heures, ils ont franchi le canal des Moeres sur toute sa longueur; Teteghem est submergé; on se bat à Coudekerque-Branche, à moins de 3 km du port. Plus à l'ouest, le canal de Bourbourg est franchi, Petite Synthe tombera dans la nuit.

A la 12° D.I.M., la situation est moins alarmante. Devant Bray-Dunes et Ghyvelde, échaudés par leur échec de la veille, les Allemands sont peu mordants.

Dans les Moeres, ils attaquent dans les inondations avec de l'eau jusqu'à la ceinture, et sont stoppés par nos tirs d'armes automatiques. Cependant, les bombardements sont toujours violents, et creusent des vides dans nos rangs.

A notre aile droite, la situation est plus mouvante. Une longue préparation d'artillerie a affaibli la capacité de résistance du G.R.D.I. n° 92. Menacé de débordement, un escadron a dû se replier à 12 heures; le Lieutenant-Colonel de BOISSIEU craint une rupture de son front. Le 16° C.A. ne peut donner moindre renfort. Le Colonel BLANCHON décide alors d'appuyer le G.R.D.I. n°92 avec toute son l'artillerie et de lui donner ses dernières réserves : une compagnie du 150° R.I., le peloton Hotchkiss et un détachement du G.R.D.I. n°3, aux ordres du lieutenant PAQUET.

A 16 heures, la situation est rétablie et nos unités se maintiendront jusqu'au décrochage final.

Pendant ces combats, l'E.M. de la division doit se préoccuper de l'embarquement. Le 16° C.A. a attribué à la 12° D.I.M. le môle est du port de Dunkerque, en commun avec le S.F.F. et des éléments du C.A. L'ordre de repli et d'embarquement est prêt; il avait été mis au point par le général lui-même avant sa mort. Diffusé à partir de 16 heures 30, il prévoit pour la couverture du mouvement :
- une croûte (d'une section par bataillon d'infanterie) laissée sur la position de résistance, et qui doit demeurer en place jusque 24 heures;
- un échelon de repli comprenant : 1 section du 8° Zouaves au fort de Bray-Dunes; 1 compagnie du 8° Zouaves au fort des Dames; 1 compagnie du 150° R.I. sur les points de passage du canal de Dunkerque à Furnes entre Zuydcoote et Rosendael, point de passage dont la destruction sera réalisée par nos sapeurs.

A 17 heures 30, un nouveau drame se déroule au fort des Dunes. 19 bombardiers attaquent l'ouvrage avec des bombes de gros calibre, provoquant des dégâts considérables: la voute d'entrée est détruite; les trois galeries principales du fort sont atteintes; deux s'écroulent, ensevelissant le personnel qui s'y était réfugié. Uns centaine d'hommes au moins périssent sous les décombres; parmi eux, les Lieutenant de LABBEY, de BENOIST, GOBERT, de LANOUE du G.R.D.I. n°3, et les dix gendarmes qui avaient échappé, le 19 mai, à l'embuscade de Jenlain.

Le P.C. (du moins ce qui en reste) doit s'installer au plus près, à l'école de Lefrincoucke; il y fonctionne à partir de 19 heures.

A 20 heures, le Colonel PARENT se rend au P.C. du 16° C.A. pour régler certains détails de l'embarquement. Le Capitaine CARTON est envoyé au Point Initial (P.I.), le rond-point de Malo-les-Bains, pour retrouver l'officier régulateur du 16° C.A.

A 21 heures 30, nos unités entament le décrochage. La colonne de la division se met en route, dans l'ordre : E.M. et Q.G., Transmissions, Artillerie, Génie, G.R.D.I. n° 92, 150° R.I. et 8° Zouaves.

Dès le début, la progression est lente, épuisante par les à-coups et les piétinements. Il faudra 6 heures pour avancer de 4 kilomètres. L'ennemi exécute à intervelles réguliers des tirs de harcèlement qui ne causent que des pertes légères.

La croûte, soutenue par le feu de quelques pièces de 75 largement approvisionnées, donne le change aux Allemands. Après son repli, la destruction des dix points de passage sur le canal de Dunkerque à Furnes est effectuée en profitant de tirs d'artillerie qui masquent les explosions. Ainsi abusé, l'ennemi ne s'aperçoit de rien, et tout le personnel chargé de couvrir le mouvement de la division peut rejoindre la colonne au fur et à mesure de l'achèvement des missions.

Vers 3 heures, la tête de colonne est immobilisée à l'entrée du môle. Devant la division, c'est une cohue monstre, personne n'est là pour orchestrer et activer les mouvements. L'E.M. de la division cherche à se renseigner sur ce qui se passe à l'extrémité du môle (sans succés) nous allons vite comprendre.

Un peu avant l'aube, il y a, en mer, une série de signaux lumineux, puis dans le port, un éclair qui correspond sans doute à un sabordage. Et lorsque le jour commence à poindre, on peut distinguer, dans le port, trois cargos qui s'enfoncent lentement, obstruant la passe, et, en mer, seul, un destroyer qui s'éloigne rapidement vers le nord. Aucun doute n'est plus possible, on n'embarquera pas.

Sur les quais et la plages, le spectacle est impressionnant de tristesse. 25 à 30 000 hommes sont là, pressés et mélangés depuis des heures. Patiemment, ils ont marché et piétiné toute la nuit, l'espoir au coeur. Et maintenant, chez tous, la même pensée douloureuse crispe les visages : "On nous a abandonnés".

Quelques appareils de reconnaissance ennemis apparaissent dans le ciel. A ce moment un cri s'élève "demi-tours !", répété par tous; mais que faire, puisque nous avons détruit nos armes lourdes, nos canons, nos chars.

Les commandants des grandes unités se concertent, et se rendent au bastion 32. Il est vide, les régulateurs d'embarquement ont disparu, le commandement n'a laisse aucun représentant.

A 7 heures 45, les premières patrouilles motocyclistes allemandes arrivent et prennent position sur le rempart. C'est la fin.

Cette fin sera annoncée le 5 juin par le communiqué suivant de l'Amirauté : "Dans la nuit du 3 au 4 juin, les derniers éléments terrestres et maritimes qui, sous les ordres de l'Amiral ABRIAL, défendaient Dunkerque pour permettre le repli et l'embarquement des armées du Nord, ont été à leur tour évacués en bon ordre" !

On ne peut clore ce chapitre sans rappeler le sursaut et les efforts de tous ceux qui tentèrent, avec des fortunes diverses, de s'échapper de la souricière de Dunkerque, selon les directives du Colonel BLANCHON et les conseils du commandant du génie, le Lieutenant-Colonel COPE.

Par voie de terre, les tentatives collectives seront vouées à l'échec, stoppées au plus tard par le 2° échelon des forces ennemies. Seuls, quelques isolés parviendront à s'infiltrer et s'échapper, en particulier, le Lieutenant-Colonel HENNEGRAVE (Cdt le 225° R.A.).

PAr voie de mer, une flottille de petites barques, emmenée par le Capitaine ROULIOT (Génie 21/I), est repoussée vers la côte par les courant défavorable; soumise au tir des mitrailleuses allemandes, elle devra renoncer après avoir subi des pertes.

Les personnels qui ont emprunté des embarcations plus importantes connaîtront un sort meilleur; il seront recueillis en mer par la marine britannique et parviendront à gagner l'Angleterre. Citons parmi eux le Lieutenant BRET (AD. 12), le Capitaine PILLON (cdt les pionniers de la division), le Capitaine DORINET (Cie radio 12/82), le Sous-Lieutenant DEMAIN (génie 12/I), et plus particulièrement le Lieutenant BALLU (génie 12/I). Il réussira à conduire jusqu'à Douvres, en 24 heures et avec une voilure de fortune, une embarcation où ont pris place 27 personnes, dont le Médecin-Colonel MELNOTTE, le Lieutenant-Colonel COPE et son adjoint le Lieutenant MOCH.

Les rescapés de Dunkerque seront ramenés en France le 8 juin et regroupés avec les éléments de la division, qui avaient été dispersés au cours du repli depuis Namur. Ils formeront un détachement dont la majorité, par une cruelle ironie du sort, sera capturée au moment de l'armistice.

En fin de compte, sur les 16 000 hommes de la 12° D.I.M. au début de la campagne, 200 seront libres au lendemain de l'armistice. Et combien, parmi les autres, avaient laissé leur vie entre Namur et Dunkerque.

ORDRE DE BATAILLE DE LA 12° D.I.M. en mai 1940 :

Commandant de la division : Général JANSSEN
Chef d'état-major : Commandant PALMIERI
Commandant des armes : I.D. : Colonel PARENT
A.D. : Colonel BLANCHON
Génie : Lieutenant-Colonel COPE
Transmissions : Capitaine RODARY
Train : Capitaine DUCHAMP.

Cavalerie G.R.D.I;n° 3 : Commandant MOZAT
Groupe d'escadrons de découverte : Capitaine de LANNOY
Escadron de mitrailleuses et d'engins : Capitaine POULIN

Infanterie 8° ZOUAVES : Colonel ANZEMBERGER - I/8 : Commandant FAVRIAU; II/8 : Commandant VIEILLOT; III/8 : Commandant GASTAUD
106° R.I. : Colonel TARDU - I/106 : Commandant LANDART; II/106 : Commandant CHADOURNE; III/106 : Commandant FASSOT
150° R.I. : Colonel BASSE - I/150 : Commandant VIGNEAU; II/150 : Commandant DELAVEAU; III/150 : Commandant FAURE
C.D.A.C. : Lieutenant CARBUCCIA

Artillerie 25° R.A.D. : Colonel MARAIS - I/25 : Commandant BELLANDO; II/25 : Commandant TOUJOUSE; III/25 : Commandant GALINY
225° R.A.D. : Colonel HENNEGRAVE - V/225 : Commandant RICHARD; VI/225 : Commandant GIZARD; B.D.A.C.: Capitaine VARNIER
B.D.A.A. : Lieutenant POUCHARD

Génie Cie 12/I : Capitaine ROULIOT - Cie 12/2 : Capitaine CUSSENOT

Transmissions Cie 12/81 : Capitaine TAMBOISE - Cie 12/82 : Capitaine DORINET

Services Intendance : Intendant CELLE
Santé : Médecin-Colonel MELNOTTE
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Europe Re: LES DERNIERS JOURS DE LA 12° D.I.M. (26 mai - 4 juin 1940)

Message par dynamo le Ven 7 Mar - 22:10

Ce récit est remarquable et relate parfaitement les évènements.
Pouvez vous me citer vos sources, je suis très intéressé par cette plaquette.
Merci.

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Message par Tobrouk le Sam 8 Mar - 11:35

avz94 nous offre de la lecture!

moi qui suis un peu fainéant pour lire maintenant, cela me fait le plus grand bien!

Merci pour ces posts

Amitiés

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Europe Re: LES DERNIERS JOURS DE LA 12° D.I.M. (26 mai - 4 juin 1940)

Message par avz94 le Sam 8 Mar - 13:46

Bonjour

les sources sont :

Souvenir du Colonel de Pommery; Carnet de route du Capitaine Carton;

Extrait de la revue historique des armées n° 4 de 1979.

Cdt
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Europe Re: LES DERNIERS JOURS DE LA 12° D.I.M. (26 mai - 4 juin 1940)

Message par dynamo le Dim 9 Mar - 2:48

Merci.
Pommery était effectivement au fort des dunes.
J'ai eu l'occasion lors des journées du patrimoine de visiter le fort et voir l'endroit où la bombe était tombée.
La prochaine fois je prendrai quelques photos et je les mettrai sur le site.
Vous allez nous donner l'intégralité du récit ?
Cordialement

dynamo

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Europe Re: LES DERNIERS JOURS DE LA 12° D.I.M. (26 mai - 4 juin 1940)

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