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Message par isaetdav le Sam 11 Fév - 23:29

S.T.O... derrière ces trois initiales l'histoire dissimule l'un de ses chapitres les plus douloureux de la dernière guerre.

Cinq millions d'Européens des pays occupés ou annexés par les nazis - dont plus de 600.000 français - furent les victimes contraintes et forcées de ce service du Travail Obligatoire organisé par HITLER dans sa folie hégémonique.

S.T.O... à ce vocable aux résonances anodines la RESISTANCE, les Accords de Londres de 1945, le Tribunal International Militaire de Nuremberg lors du procès des grands criminels de guerre et le gouvernement du Général De Gaulle à la Libération ont donné son véritable nom, celui de "Déportation des populations civiles pour le Travail Obligatoire".

En le qualifiant de "Crime de guerre, Crime contre l'humanité", les alliés et la plus haute juridiction internationale ont stigmatisé à jamais, suivant l'expression du juge américain JACKSON à Nuremberg "l'Entreprise d'Esclavage la plus étendue et la plus terrible qui se soit jamais vue dans l'histoire".

Pour ces 600.000 Français livrés à l'ennemi par le pseudo-gouvernement de Vichy, pour l'honneur des 60.000 qui y périrent, (dont 15.000 furent fusillés, pendus ou décapités) et auxquels la République a attribué la mention "Mort pour la France", la Fédération Nationale des Victimes et rescapés des Camps Nazis du Travail Forcé s'est toujours refusé à laisser tomber le voile noir de l'oubli.



Juin 1940 ! Les armées allemandes occupent la France, l'Armistice est signée, Pétain est allé serrer la main d'Hitler à Montoire.

L'ignoble collaboration se met en place...

Depuis 1938, les nazis ont défini "l'Arbeitseinsatzpolitik" qu'Hitler réaffirmera dans son discours du 9 novembre 1941 : "Dans les territoires occupés que nous contrôlons, nous ferons travailler jusqu'au dernier pour nous".

En violation du droit des gens et de l'article 52 de l'annexe de la Convention de La Haye, ils vont, avec la complaisance du gouvernement de Vichy s'appuyant sur les préfets, la police, la milice et les services de la main d'oeuvre, avec souvent également la coopération d'un certain patronat, déséquilibrer l'économie de la France. En créant un chômage artificiel (fermeture de chantiers, concentrations d'entreprises), en usant d'un chantage psychologique (la Relève), en instituant pour les hommes de 18 à 50 ans un certificat de travail dont le port sera rendu obligatoire en avril 1943, les nazis asserviront peu à peu la main-d'oeuvre de notre pays à grand renfort de propagande mensongère.

Le processus est en cours. Il passera par différents stades au fur et à mesure de l'évolution des hostilités, allant de l'appel aux volontaires à la contrainte directe pour s'achever par la levée en masse.

Ce sont ces diverses phases que nous allons resituer d'octobre 1940 à juin 1944. La montée en charge révèle la volonté hitlérienne de palier les vides creusés dans ses usines par la mobilisation de ses propres ouvriers devant l'offensive de plus en plus pressante des forces alliés.

Elle révèle également la volonté de priver les forces d'opposition d'un vivier de résistance à l'occupant.

isaetdav
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Message par isaetdav le Sam 11 Fév - 23:31

LE VOLONTARIAT (octobre 1940 - juin 1942)

Appel aux volontaires

Jouant sur le chômage artificiellement créé, en privant les usines des indispensables matières premières, promettant des salaires lucratifs et des conditions d'existence agréables, les Allemands ouvrent des bureaux d'embauche.

Le résultat est médiocre, si bien qu'en février 1942, ils ferment les chantiers du Commissariat au chômage pour tenter d'accélérer le mouvement.

D'OCTOBRE 1940 A JUIN 1942,
ILS N'AURONT RECRUTE QUE 154.000 VOLONTAIRES




Appel aux volontaires pour "la relève des prisonniers de guerre" (juin 1942)

Deux évènements en avril vont précipiter cette "escroquerie". Saückel, Gauleiter de Thuringe, est nommé par Hitler plénipotentiaire général au service de la main-d'oeuvre dans les territoires occupés et Laval devient président du Conseil. Ensemble, courant mai, ils signent un protocole suivant lequel l'envoi de 500.000 Français permettrait la libération de prisonniers.

C'est le chantage psychologique du discours de Laval le 22 juin 1942 :

"Un nouvel espoir se lève pour nos prisonniers. Je sais que l'on n'a jamais fait appel en vain à la raison et la générosité des ouvriers de France. C'est vers eux que maintenant que je me tourne, car c'est d'eux pour une large part que va dépendre le sort de nos prisonniers...."

On veut faire croire au pays que trois ouvriers partis, c'est un Prisonnier de Guerre qui reviendra ; en réalité seuls les spécialistes sont pris en compte. L'escroquerie échoue en dépit d'une propagande et d'une pression morale. Ils attendaient 150.000 spécialistes, ils n'en eurent que 17.000 au 1er Septembre.

isaetdav
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Message par isaetdav le Sam 11 Fév - 23:37

LA DEPORTATION DU TRAVAIL

L'acte dit loi du 4 septembre 1942

L'appel aux volontaires a été un fiasco; d'autre part, Speer a été chargé de la mobilisation des travailleurs allemands, ce qui, pour lui, implique leur remplacement par des travailleurs étrangers.

Le 22 août 1942, Saückel prend une ordonnance précisant les conditions d'emploi des travailleurs dans les pays occupés. En France, il en résulte la loi du 4 septembre, publiée au J.O du 13 qui décide que :

"Toute personne du sexe masculin de plus de 18 ans et de moins de 50 et toute personne du sexe féminin de plus de 21 ans et de moins de 35 peuvent être assujetties à effectuer tous travaux que le gouvernement jugera utile dans l'intérêt de la Nation." C'est la réquisition pure et simple, la première phase de la mise en place du Travail Obligatoire.

Elle est complétée par un décret du 19 et une circulaire d'application du 22 septembre faisant obligation à ces mêmes personnes n'ayant pas une activité d'au moins trente heures hebdomadaires d'en faire déclaration à la mairie... Ne perdons jamais de vue que, Vichy s'étant prêté à créer le chômage artificiel, le piège se referme. Peines de prison et amendes visent ceux qui enfreignent ces dispositions.

Les fichiers d'entreprise sont contrôlés, tout embauchage ou licenciement soumis à l'autorisation de l'Inspection du Travail.

Toutes ces dispositions avec l'appoint de l'administration ne donnent pas les résultats escomptés. A la réquisition, on ajoute les rafles aveugles à la sortie des usines, des cinémas, dans la rue. Ce n'est plus seulement une recherche de spécialiste mais une chasse à l'homme. La milice de Darnand s'y distingue et le gouvernement de Vichy fait rechercher les réfractaires.


DEPORTATION DE MAIN D'OEUVRE EN ALLEMAGNE

Entre le 1er octobre et le 31 décembre 1942, la collaboration Saückel-Laval n'aura réussi qu'à déporter pour le travail forcé que 163.726 de nos compatriotes dont 50.152 spécialistes.

isaetdav
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Message par isaetdav le Sam 11 Fév - 23:42

LE S.T.O. (loi du 16 février 1943)

Bien que Vichy ait pris l'engagement de faire rechercher avant le 25 janvier 1943 37.000 réfractaires de la métallurgie, Saückel adresse une circulaire : "On peut en France faire pression et employer des mesures plus sévères dans le but de se procurer de la main d'oeuvre". Le 10 janvier, à Paris, il réclame avant le 15 mars l'envoi de 250.000 ouvriers dont 150.000 spécialisés. Une circulaire du 2 février exige des préfets un recensement général des Français nés entre le 1er janvier 1912 et le 31 décembre 1921.

Le 15 février, le Conseil des Ministres décida :

"En application de la loin du 4 septembre 1942, de créer un Service du Travail Obligatoire... pour mettre un terme à l'inégalité choquante qui faisait peser seulement sur les ouvriers des charges qui doivent être équitablement réparties sur tous les Français, quelle que soit leur catégorie sociale... ce texte législatif rend le Service du Travail Obligatoire aux champs, à l'usine, à l'atelier pour tous les jeunes gens nés entre le 1er janvier 1920 et le 31 décembre 1922".



L'Histoire retiendra également, autre point important, que la résistance intérieure manquait de moyens en ce début 1943 pour accueillir en masse les ressortissants de cet acte dit loi.C'est seulement en Juillet 1943 que le Conseil national de la Résistance fondera le C.A.D. (Comité d'Action contre la Déportation pour le travail forcé en Allemagne) dont la direction fut notamment confiée à MM. Charles Laurent et Yves Farge. Nous insistons sur cette appellation ; pour l'organisme officiel de la Résistance, notre épreuve était bien "une Déportation pour le Travail forcé".

La note sentimentale de l'égalité sonne faux. Elle n'est que la couverture d'une nouvelle capitulation devant l'occupant ; une capitulation qui trahit la jeunesse de France en la vouant à la Déportation du Travail.
Le 16 février, la loi est publiée. Elle précise à l'encontre de ceux qui l'enfreindrait les peines d'emprisonnement de trois mois à cinq ans et les amendes de 200 à 100.000 F. Ces peines sont applicables aux personnes ayant contribué à faire échec à la réquisition... Détail d'importance trop souvent minimisé car il explique les difficultés rencontrées (emploi, hébergement) par les jeunes pour éviter de partir.

La loi n° 342 du 11 juin 1943 sanctionne les obligations relatives au Service du Travail Obligatoire (Internement administratif, amende)

Art. 2 - Sans préjudice de l'internement administratif, le préfet peut prononcer une amende administratif de 10.000 à 100.000 francs contre quiconque, y compris les membres de la famille de l'intéressé, aura sciemment hébergé, aidé ou assisté, par moyen que ce soit, une personne qui s'est soustraite aux obligations résultant des lois des 4 septembre 1942 et 16 février 1943 relatives au service du travail obligatoire. Sera passible des mêmes sanctions celui qui aura provoqué, par quelque moyen que ce soit, toute personne soumise aux lois susvisées à se soustraire à ses obligations.

Fait à Vichy, le 11 juin 1943.
Pierre LAVAL.

isaetdav
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Message par isaetdav le Sam 11 Fév - 23:45

Le discours de Laval et les Chantiers de Jeunesse



Devant le peu d'empressement mis à répondre aux convocations, Laval durcira le ton dans un discours du 5 juin :

"Pour mettre un terme à l'arbitraire et à l'injustice, j'ai décidé d'appeler la classe 42 sans exception... il en est jusqu'à ce jour qui se sont dérobés à leur devoir... les défaillants, je tiens à le répéter, ne seront pas des profiteurs. Des instructions ont été données et des mesures rigoureuses seront prises - même contre leurs familles ou des complices - qui les mettront dans l'impossibilité de se soustraire longtemps à un devoir qui s'impose à tous".

Les Chantiers de jeunesse sont à leur tour touchés par ces mesures. Fin juin 1943, 400.000 Français, du fait du zèle intempestif des préfets, des maires et de la police, avaient été emmenés en Allemagne, contraints et forcés. La plus grande partie issue de milieux laborieux n'avait pu, dans un état policier, sans relations, privés de cartes d'alimentation, trouver l'échappatoire. Que ceux qui, aujourd'hui, clament "ils n'avaient qu'à pas partir" se remémorent les circonstances du moment. C'est à eux qui parlent également de passivité que nous dédions cette photo qui nous a été confiée par un Combattant Volontaire de la Résistance, outré de ces assertions calomnieuses.



A ceux qui prétendent que les trains de la Déportation du Travail étaient de joyeux convois, nous dédions cette photo prise en gare de Tarbes. Elle nous a été transmise par M. Benezech, Secrétaire des Combattants Volontaires de la Résistance des Hautes-Pyrénées..."LAVAL AU POTEAU", voilà quel était notre cri !

"Le peignage" des entreprises (loi du 1er février 1944)

Les besoins de l'Allemagne en main d'oeuvre se font de plus en plus pressants, alors que les ordres de réquisition en France se heurtent à une résistance accrue due au développement des maquis.

Saückel exige un élargissement aux trois classes 40, 41 et 42. Ce sera l'objectif de la loi du 1er février 1944 qui étendra la réquisition à tous les hommes de 16 à 60 ans. On procédera au peignage des entreprises sans grand succès bien que certains patrons aient largement collaboré.

Les rafles, elles, s'intensifient. Fin mars, une circulaire du délégué pour la zone nord du secrétariat général au maintien de l'ordre décrète : "Tous les hommes âgés de 18 à 45 ans seront présumés suspects ou dirigés sur un centre de triage".

Peignage, rafles, recherche des réfractaires n'offriront dans le 1er semestre 1944 que 40.000 hommes... l'Allemagne en espérait 273.000 !

Il aura fallu le débarquement pour que reste lettre morte la demande de Saückel du 6 juin de mobiliser la classe 1944 en son envoi en Allemagne.

isaetdav
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Message par isaetdav le Sam 11 Fév - 23:48

LES CONDITIONS DE VIE DES DEPORTES DU TRAVAIL



Le logement : en baraques avec des chambrées surchargées, des paillasses, souvent sans chauffage.

La nourriture : réduite au strict minimum; les soins sanitaires ridicules, les conditions d'hygiène pas même élémentaires.

Les horaires de travail :un document du 3 juillet 1945 de la sous-direction de la documentation du Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés ne laisse aucun doute sur les chiffres qui vont suivre : entre 60 et 72 heures hebdomadaires en moyenne générale avec, dans certains cas, des pointes allant jusqu'à 84 heures.

Les salaires :l'équivalence avec les salaires payés aux ouvriers allemands n'était que mensonge. Non seulement ils étaient amputés de retenues pour le logement, la nourriture, les impôts, mais tout était prétexte à amendes. Oser dire que les travailleurs déportés ont gagné de l'argent est scandaleux.

Les permissions :elles furent très rapidement supprimées, leurs bénéficiaires ayant très souvent oublié de revenir. Un document du 21 septembre 1943 des archives du Commandant militaire en France précise que 48.356 n'ont pas rejoint leur camp entre le 1er mai et le 31 août 1943.

Là encore, tout en insistant sur la différence entre les camps de concentration et les lager de la Déportation du travail, nous ne pouvons admettre que l'on parle de conditions de vie confortables. La non-assistance officielle de la Croix-Rouge, l'absence totale de protection des lois internationales, la non-existence d'un service de santé autonome, d'où la rareté des rapatriements sanitaires, et les difficultés qui, ultérieurement, rendront délicates la reconnaissance des maladies ou infirmités contractées en Allemagne, la suppression rapide des colis familiaux, la précarité vestimentaire et surtout le manque de nouvelles de nos familles ont laissé, chez ceux qui sont revenus, des séquelles physiques et morales indéniables.

Comment pourrait-on également ignorer l'épreuve des bombardements, des morts qu'ils entraînaient, des travaux pénibles qu'ils engendraient, des blessures morales et affectives qu'ils laissaient. Comment ne pas se souvenir des fouilles des "S.A.", des brutalités, des arrestations.

isaetdav
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Message par isaetdav le Sam 11 Fév - 23:50

un tres bon site a consulter concernant les STO ici

isaetdav
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Message par isaetdav le Dim 12 Fév - 0:23

Une jeune allemande témoin du travail forcé


« Au cours de l'automne 1943, Nelly arrachait des pommes de terre dans les champs du domaine, dans la même rangée que les Ukrainiennes.
Ce n'était pas de la pitié qu'elle ressentait face à ces étrangères, mais de l'appréhension, le fort senti ment d'être autre, un sentiment qui ne reposait sur aucun secret mais sur les leçons d'histoire de Julia Strauch : " Autre veut dire meilleur ".
Nelly n'avait pas le droit de mettre ses pommes de terre dans le même panier que les travailleuses de l'Est.
S'est-elle posée des questions au sujet de la soupe que l'on puisait dans un autre chaudron pour les jeunes femmes ukrainiennes ?
Lui est-il venu à l'idée de se lever, de franchir l'abîme de la trentaine de pas qui la séparait des travailleuses de l'Est assises à la même bordure du champ, et de donner à l'une d'entre elles sa propre écuelle de soupe où nageaient des morceaux de viande ?
L'horrible secret n'est pas qu'elle n'a pas osé, mais que cela ne lui est même pas venu à l'esprit.
Toute tentative d'explication bute sur ce fait
Le manque d'attention habituel de ceux qui sont rassasiés face à ceux qui ont faim n'explique rien.
La crainte ? Certes, si au moins il y avait tentation.
Mais voilà, la tentation de faire ce qui allait de soi n'était même pas présente à son esprit »

Crista WOLF, Trame d'enfance,

isaetdav
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Message par Invité le Lun 27 Fév - 16:56

très bonne documentation, merci Isa !

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Message par Contenu sponsorisé Aujourd'hui à 20:55


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