LE PROJET DE BOMBARDEMENT DES PETROLES SOVIETIQUES

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Europe LE PROJET DE BOMBARDEMENT DES PETROLES SOVIETIQUES

Message par avz94 le Mer 20 Fév - 0:05

LE PROJET DE BOMBARDEMENT DES PETROLES SOVIETIQUES DU CAUCASE EN 1940

Voici un document réalisé par Monsieur BUFFOTOT (chargé d'études au S.H.A.A.) sur un exemple des projets alliès pendant la drôle de guerre.

Les états-majors français et britannique ont élaboré au début de l'année 1940, un plan de bombardement des industries pétrolières soviétiques du Caucase. Ce plan reçu le nom de code de Plan R.I.P. (Russie Industrie Pétrolière) en France et de Plan M.A.6 en Grande-Bretagne.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser ce n'est pas un projet isolé des états-majors alliés; il s'inscrit au contraire dans toute une série de plans d'opérations mis au point pendant la drôle de guerre.

Pourquoi alors vouloir étudier ces projets dont une des caractéristiques est de n'avoir jamais abouti et qui "n'intéresseront bientôt plus que ces amateurs passionnés par les foetus de l'histoire ?".

Ces plan sont, d'après nous, révélateurs du fonctionnement du haut commandement. Comment expliquer en effet, cette prolifération de plans, tous situé en dehors de la zone du front de l'ouest alors que celui-ci est absolument calme? Etaient-ce de simples "Kriegspiel", des constructions théoriques d'états-majors pour tromper l'inactivité de la drôle de guerre ? Ou bien devaient-ils déboucher sur des opérations réelles ? l'étude du PLAN R.I.P. nous permettra de répondre à ces questions.

LA CONDUITE DE LA GUERRE

Il est nécessaire de replacer le Plan R.I.P. dans la conception globale de la conduite de la guerre du haut commandement français.

Le 26 février 1940, le Général Gamelin, commandant en chef, adresse au président du conseil, Edouard Daladier, un projet de plan de guerre pour 1940, établi avec l'accord de la marine et de l'armée de l'air.

GAMELIN explique au président du conseil que l'Allemangne conservera sa supériorité.0n en effectifs et en moyens dans le domaine terrestre et aérien jusqu'à la fin de l'année 1940. Par contre, il prévoit pour le printemps 1941 "un renversement de la situation en faveur des alliés sinon du point de vue des effectifs du moins au point de vue des armements.

La France à l'abri derrière la ligne Maginot profite de cette période d'inactivité pour s'équiper en matériel moderne qui lui fait cruellement défaut.

La parité devant être atteinte en 1941, l'Allemagne sera tentée d'emporter la décision en 1940 avant que le rapport de forces ne lui soit défavorable. Quelle est la situation de l'Allemagne au début de 1940 ? Bloquée à l'ouest par la ligne Maginot, elle est par contre libre au nord, à l'est et au sud.

Une attaque frontale contre la ligne Maginot est peu probable pour le Général GAMELIN. Par contre une "manoeuvre débordante par les ailes, surtout par la Belgique paraît plus vraisemblable; elle est de nature à procurer des succès, tout au moins initiaux, plus faciles et plus importants".

Une telle attaque pour le comité d'études militaires inter-allié est grave car elle permet à l'Allemagne "d'utiliser pleinement sa supériorité terrestre et aérienne en lui offrant la possibilité d'un succés rapide et décisif".

Le Plan Dyle appliqué avec le succès que l'on connaît en mai 1940 répond à ce cas de figure précis, d'invasion par la Belgique et la hollande.

A l'ouest, l'état-major envisage enfin un plan d'intervention contre une éventuelle attaque allemande par la Suisse. Au nord, en Scandinavie, les opération allemandes sont possibles. Leurs objectifs seraient la possession du minerai de fer en Suède et l'acquisition de bases navales et aériennes en Norvège afin de pouvoir intervenir facilement contre le nord de la Grande-Bretagne.

Une aide à la Finlande en guerre contre l'Union Soviétique est décidée par les alliés. La France envoie 30 chasseurs Morane 406 pour renforcer l'aviation finnoise.

Un projet de débarquement à Petsamo, nécessitant l'emploi d'une dizaine de divisions est proposé par les Britanniques en vue d'interdire aux Allemands l'accès du minerai de fer de Gallivare. Ce projet aurait pour inconvénient de nous mettre en état de guerre avec l'U.R.S.S.

Au sud, les alliés songent d'abord à une intervention dans les Balkans afin d'interdire l'accès des détroits et de la mer Egée à l'Allemagne. L'oiverture d'un front dans cette région permettrait de fixer un nombre important d'unités allemandes et de priver l'économie du Reich de matière premières importantes. Il faudrait une quinzaine de divisions pour mener à bien cette opération.

Un projet de corps expéditionnaire interallié en Thrace et à Salonique est discuté dès la fin octobre 1938 par les alliés: Il implique, outre la neutralité de l'Italie, l'accord de la Turquie et de la Grèce. Il est même prévuau cas où le front des Balkans serai élargi à la Roumanie et à la Yougoslavie, un plan de renforcement de l'aviation de ces deux pays par des unités aériennes franco-britanniques.

Enfin une attaque de l'insdustrie pétrolière soviétique du Caucase est envisagée dès le début de l'année 1940. Ainsi au nord il s'agit de couper la route du fer et au sud, la route du pétrole. L'idée commune à ces deux opérations est de vouloir asphyxier l'Allemagne pour obliger à demander la paix.

COUPER LA ROUTE DU PETROLE

Malgré les efforts des alliés, le blocus de l'Allemagne est loin dêtre total. En effets, grâce à l'accord germano-soviétique signé le 23 août 1939, l'Allemagne reçoit des céréales, des matières premières et surtout 900 000 tonnes de pétrole dont 100 000 tonnes d'essence pour avions.

La pacte germano-soviétique, malgré quelques difficultés (STALINE a en effet refusé de livrer du fer et du chrome à l'Allemagne) a été dans son ensemble appliqué scrupuleusement.

Le point le plus inquiétant pour les alliés reste l'approvisionnement de l'Allemagne en pétrole; elle peut ainsi contituer des stocks importants pour la préparation d'opérations de grandes envergures. Il paraît logique que les états-majors alliés, pour parfaire le blocus, aient eu l'idée d'interrompre l'approvisionnement de l'Allemagne en pétrole soviétique.

Il semble que l'état-major français ait songé dès septembre 1939, à couper les approvisionnements en pétrole de l'Allemagne puisqu'une mission d'ingénieurs français s'est rendue en Roumanie afin d'étudier la destruction des zones pétrolifères roumaines.

Ce n'estprobablement que vers la fin de l'année 1939 que le haut commandement a attiré l'attention du Président du conseil sur l'importance des livraisons de pétrole soviétique à l'Allemagne. Nous n'avons malheureusement sur ce point aucun document. C'est le 19 janvier que DALADIER, président du conseil, demande dans une note au Général GAMELIN et à l'Amiral DARLAN "de préparer une étude sur une intervention éventuelle pour la destruction des pétroles russes".

Cette note n'est pas adressée au Général VUILLEMIN, commandant en chef des forces aériennes. En effet, il n'est pas question d'intervention aérienne dans le Caucase. Trois hypothèses sont envisagées: la première, navale, consisterait pour la marine française à intercepter les navires allemands transportant du pétrole. Cette solution aurait l'intérêt de ne pas se heurter à l'Union Soviétique. La seconde hypothèse consisterait en une intervention terrestre en direction des zones pétrolifères du Caucase et la troisième, plus politique, aurait pour but de "faciliter des mouvements d'émancipation des population musulmanes du Caucase".

Ces trois hypothèses ne sont pas retenues par le haut commandement. Il trouve par contre la solution dans une opération aérienne. Le 3° Bureau Air est chargé d'étudier à la fin janvier "une intervention aérienne éventuelle contre les pétroles russes du Caucase : soit à l'extraction (destruction des superstructures, des puits) soit en cours de transport sur la mer Noire". La solution aérienne permet, du moins le pense-t-on au début, de résoudre un certain nombre de problèmes, notamment sur le plan diplomatique.

L'état-major est persuadé qu'une opération de ce type peut affaiblir l'Union Soviétique et l'empêcher de livrer du pétrole et des matières premières à l'Allemagne. Les estimations réalisées par le Général VUILLEMIN montrent qu'un bombardement contre Bakou et Batoum provoquerait la "paralysie au moins partielle de l'armée, de l'industrie et de l'agriculture soviétiques, pouvant obliger ce pays à abandonner la lutte, et tout au moins à renoncer à soutenir l'Allemagne sur le terrain économique".

Si le pétrole roumain est ensuite contrôlé, le blocus du pétrole sera alors complet; joint à celui du fer, "l'Allemagne n'aura plus alors comme issue que de se soumettre ou de tenter un effort désespéré pour briser le cercle de fer qui l'étreindra, en passant à l'attaque". Il paraît évident que des opérations aériennes contre le pétrole du Caucase entraînent automatiquement l'entrée en guerre de l'Union Soviétique. Or cette éventualité ne semble pas troubler outre mesure l'état-major français.

Le Général JAUNEAUD, alors commandant des forces aériennes au Moyen-Orient, favorable à une alliance avec l'U.R.S.S., rapporte q'au cours de la réunion du 07 mars 1940 avec l'Air Marshall MITCHELL, commandant les forces aériennes du Middle-East et le Général WEYGAND, celui-ci trouva tout à fait normal de détruire les puits de pétrole d'une nation alliée de l'Allemagne. Le haut commandement dans son ensemble est persuadé de la faible valeur de l'armée rouge surtout depuis les purges des années 37 et 38.

Les réactions militaires soviétiques ont d’ailleurs été envisagées par les états-majors alliés puisque le comité des chefs d’état-major réuni le 27 mars 1940 à Londres prévoit "que la réaction russe à une attaque aérienne contre le pétrole du Caucase pourrait prendre la forme : soit de représailles contre les bassins pétroliers d'Irak et d'Iran; soit d'une attaque contre les turcs". L'attaque contre l'Irak et l'Iran est estimée comme négligeable. Seule la menace contre la Turquie est possible aussi faut-il la rassurer en lui expliquant qu'elle peut compter sur une aide efficace de la part des alliés dans le cadre de la convention militaire déjà arrêtée et des conversations militaires actuellement en cours.

Chez les Britanniques le PLAN M.A 6 s'intègre dans un plan systématique visant à entraver le ravitaillement en pétrole et de ses dérivés de l'Allemagne par le bombardement des "raffinerie russes du Caucase (Bakou, Groznyï, Batoum)" mais aussi des "raffineries et usine d'essence synthétique d'Allemagne; une très grande importance est attachée, en particulier, aux raffinerie distillant du pétrole issu du sol allemand, qui produisent des lubrifiants de haute qualité indispensables à un très grand nombre de mécanismes".

Si l'état-major britannique prévoit dès juillet 1939 la destruction des ressources en pétrole de l'Allemagne avec le PLAN W.A. 6, il faut attendre avril 1940 pour que l'état-major français prépare le PLAN A.I.P. (Allemagne, Industrie Pétrolière) visant à attaquer l'industrie pétrolière allemande; le PLAN A.I.P. est une conséquence du PLAN R.I.P. tandis que chez les Britanniques c'est l'inverse : le PLAN M.A.6 découle du PLAN W.A.6

Le PLAN R.I.P. prouve de toute évidence que les états-majors alliés ont recherché le moyen militaire le plus facile à mettre en oeuvre pour rendre plus parfait le blocus de l'Allemagne.
Celle-ci à court de minerai de fer, de carburant, se verrait dans l'obligation de demander la paix ou bien de forcer le blocus en lançant une grande opération mais dans de mauvaises conditions pour elle.

Les militaires alliés, emporté par leur logique, ont poussé leur raisonnement jusqu'au bout sans tenir compte du contexte politaique et diplomatique. Ils savaient pertinemment que le bombardement du pétrole du caucase entraînerait ipso facto la guerre avec l'Union Soviétique. Combattre un ennemi de plus ne semblait pas émouvoir outre mesure les états-majors franco-britannique. pourtant si l'on y regarde de plus près, l'enjeu stratégique d'une telle opération est faible.

D'un côté, à supposer que l'opération réussisse, nous avons la destruction de la zone pétrolifère du Caucase et une partie de l'approvisionnement en pétrole de l'Allemagne coupée. De l'autre, nous avons l'entrée en guerre de l'Union Soviétique, l'ouverture d'un nouveau front que les alliés ne seront pas capables, faute de matériel, de soutenir. Il apparaît dès le début que l'enjeu est au désavantage des alliés.


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Message par avz94 le Mer 20 Fév - 0:06

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LES IMPLICATIONS DIPLOMATIQUE.

L'état-major au cours de l'élaboration du PLAN R.I.P. se rend très bien compte des implications diplomatiques d'un bombardement des pétroles du Caucase.

Lors du conseil suprême du 28 mars 1940, le Général GAMELIN souligne qu'une opération navale en mer Noire ou aérienne contre le Caucase implique l'accord préalable de la Turquie. "Nous stipulons nettement que ces opérations ne peuvent se concevoir sans le concours, en tout cas l'assentiment des Turcs, puisqu'il s'agit pour nos sous-marins de traverser les détroits, pour nos avions de survoler leur territoire".

Le Général JAUNEAUD, commandant les forces aériennes dans l'Orient Méditerranée se rend à Ankara avec l'Air Marshall Mitchell afin d'obtenir des turcs l'autorisation de survoler leur territoire. Les autorités turques leur rappellent que le traité signé avec la France et la Grande-Bretagne ne prévoit pas d'attaque contre l'U.R.S.S. et ne cachent pas leur désapprobation à l'égard de ce projet de bombardement du Caucase.

La préparation du plan de bombardement nécessite aussi la mise en place d'un dispositif de couverture et de guet analogue à celle prévue en Turquie, en Iran et en Irak.

Le Général WEYGAND écrit alors au Général VUILLEMIN pour lui signaler qu'il n'existe aucun accord politique et de convention militaire avec l'Iran, aussi ne faut-il pas compter sur une coopération avec ce pays. Quant au gouvernement irakien ses sentiments sont plus favorables à l'Allemagne qu'aux alliés.

Le Général WEYGAND en conclut qu'il est "impossible et même inopportun d'entrer en pourparlers avec l'Iran et l'Irak afin d'obtenir l'accord du gouvernement de ces deux pays pour étendre sur leur territoire le dispositif de couverture prévue en Turquie" ... car "des démarches prématurées dans ces deux pays risqueraient donc fort de se retourner contre nous en donnant l'éveil à nos ennemis sur nos projets éventuels au Caucase".

Le conseil suprême lors de sa 8° réunion le 23 avril 1940 prend acte que des opérations aériennes contre le Caucase « entraîneraient une violation de la neutralité soit de la Turquie, soit de l’Iran » . Massigli de son côté avait proposé de ne pas poser la question du survol des avions alliés d’une façon officielle pour ne pas mettre dans l’embarras le gouvernement turc.

Il a d’ailleurs pris contact officieusement avec le ministre des affaires étrangères de Turquie.

Le Général GAMELIN propose de répondre au gouvernement turc que la France est prête à lui apporter une aide militaire en cas d’attaque soviétique : « en ce qui nous concerne, nous pouvons également lui assurer le concours d’unités aptes à se battre dans les montagnes d’Asie mineure, prélevées sur nos forces du Levant ». Ce n’est pas une aide de cette ampleur qui pouvait inciter les Turcs à se ranger aux côtés des alliés contre l’Union Soviétique. Dans cette affaire aucun des trois pays concernés : Turquie, Iran et Irak ne sont favorables à ce projet et ne prêteront leur concours. D’autre part l’attitude de l’Italie n’a pas été envisagée sérieusement.

L’état-major s’est lancé dans une opération sans se soucier des appuis diplomatiques ; les conséquences politiques d’une opération contre le pétrole du Caucase sont telles qu’elles dépassent ses compétences. Ce sont les plus hautes instances gouvernementales qui doivent prendre la décision. Nous allons voir quelles ont été dans cette affaire leurs attitudes.



LES CONDITIONS POLITIQUES

Le PLAN R.I.P. a été lancé sur l’ordre du président du conseil Edouard DALADIER. Sa mise au point n’a été possible qu’avec l’assentiment de son successeur, Paul REYNAUD, à partir du 22 mars 1940. Il semblerait que les responsables politique aient eu une attitude hésitante face à ce plan embarrassant à plus d’un titre. S’il correspond bien comme le note M. D’HOOP « à un anti-soviétisme assez largement répandu dans les milieux dirigeants français et anglais qui semblaient prendre d’un cœur léger la responsabilité de se mettre à son dos un ennemi de plus », Paul REYNAUD ne semble pas avoir toujours eu la même attitude sur cette question.

En effet trois jours à peine après son arrivée à la présidence du conseil il se déclare, dans une communication au gouvernement, prêt à assumer « la responsabilité d’une rupture avec l’U.R.S.S. » sans pour autant vouloir s’en faire un ennemi.

Concernant les opérations de bombardement sur Bakou, Paul REYNAUD écrit dans ses mémoires qu’il n’était pas question pour lui de faire basculer l’Union Soviétique dans le camp allemand. « Tout en faisant poursuivre les études techniques engagées depuis plusieurs mois, Neville CHAMBERLAIN et moi pensions que, si le seul résultat de l’opération devait être de nous mettre un ennemi de plus sur les bras, il serait évidemment fou d’y avoir recours ». Il semblerait bien que Paul REYNAUD ait voulu se servir de ce plan comme moyen de pression sur l’Union Soviétique afin qu’elle observe une neutralité plus stricte à l’égard de l’Allemagne.

Le témoignage de Paul de VILLUME corrobore cette interprétation. Lors des discussions du conseil suprême du mardi 23 avril 1940, Paul REYNAUD voulait utiliser la menace du PLAN R.I.P. comme moyen de pression contre l’U.R.S.S. puisqu’il aurait déclaré au cours de cette réunion à CHAMBERLAIN « la vulnérabilité des pétroles du Caucase nous donne un moyen d’exercer une pression sur elle ». CHAMBERLAIN semble être du même avis puisqu’il lui aurait répondu « La Russie toutefois connaît sa vulnérabilité et ignore que les alliés ne sont pas prêts. Une pression s’exerce déjà en fait sur elle ».

L'Union Soviétique est parfaitement consciente de la menace qui pèse sur la zone pétrolifère du Caucase, à tel point qu'elle a consulté des experts américains sur les risques d'un bombardement aérien. CHAMBERLAIN au cours de la même réunion insiste sur le fait que les alliés n'ont pas intérêt à entrer en guerre avec l'U.R.S.S. qui par ailleurs ne semble pas vouloir "se lier d'une façon complète avec le Reich".

Il semble que le pouvoir politique n'ait jamais eu l'intention de mettre en oeuvre ce plan de bombardement du pétrole du Caucase, éminement dangereux sur le plan diplomatique et surtout sur les conséquences de l'entrès en guerre de l'Union Soviétique aux côtés de l'Allemagne. Paul REYNAUD s'est rendu compte de la "folie" d'un tel projet. S'il n'a pas fait cesser immédiatement les travaux c'est uniquement pour laisser planer la menace d'un éventuel bombardement des zones pétrolifères du Caucase à l'égard de l'union Soviétique et l'obliger à adopter une attitude moins "coopérative" vis à vis de l'Allemagne. L'état-major de l'armée de l'air pendant ce temps mettait au point les techniques du bombardement du Caucase.



LES OBJECTIFS

Le 3° Bureau "opération" de l'armée de l'air établit pour le Général VUILLEMIN une liste des objectifs possibles en vue d'une attaque aérienne contre les pétroles soviétiques en février 1940. Le 25 mars, le Général VUILLEMIN dans une note pour le Général GAMELIN lui indique les objectifs possibles et les conditions générales d'exécution d'une opération contre le Caucase. Le Général VUILLEMIN explique que la production du pétrole au Caucase peut être attaquée à l'extraction, au stockage, au raffinage et enfin lors de son transport.

Près de 80% des puits de pétrole sont situés à Bakou. L'attaque des puits est abandonnée parce qu'il sont dispersés et surtout parce que des renseignement précis manquent. Les réservoirs de pétrole constituent un objectif commun aux raffineries puisqu'ils sont tous situés à leur proximité.

122 raffineries sont recensées dans le Caucase : 67 sont situées a Bakou (60% du raffinage effectué dans le Caucase), 43 à Groznyï (30% du raffinage) et 12 à Batoum (10% du raffinage).

Le transport du pétrole se fait pour moitié par la mer Caspienne à partir du port de Bakou; 25% du pétrole utilise la voie ferrée Bakou-Rostov sur le Don et les 25% restant par le pipeline et la voie ferrée Bakou-Batoum-Touapse.

Les centrales électriques de Bakou (100 000 kw), de Batoum (67 000 kw) et de Groznyï (25 000 kw) alimentant les installations pétrolières constituent aussi un objectif possible.

La diversité des objectifs : raffineries, réservoirs, voies ferrées, pipeline et leur dispersion géographique rendent impossible une attaque systématique de tous les objectifs à la fois. Le Général VUILLEMIN propose donc "d'obtenir d'emblée, par surprise, des destructions importantes et une désorganisation profonde de la production" et "dans un deuxième temps de poursuivre l'exécution systématique des destructions".

Pour cette raison l'attaque des raffineries et des réservoirs est retenue en priorité. En effet "en l'absence de photographies ou de plans détaillés des objectifs prévus ci-dessus, il n'est pas possible de calculer de façon précise les consommations précises de bombes nécessaires à la destruction de tous ces objectifs". Seule la destruction des raffineries a donné lieu à des calculs précis de l'état-major. Ceux ci sont basés sur les hypothèses suivantes :
a) chaque raffinerie représente une dimansion de 500 m sur 500m.
b) la destruction de chaque raffinerie est obtenue par deux bombes de 100kg dans chaque carré de 100 m de côté soit 50 bombes de 100 kg par raffinerie.

Si le bombardement est effectué à la vitesse de 250 km/h à une altitude de 5 000 m les probabilités pour une bombe d'atteindre l'objectif sont de 15%.
Si l'on applique ce coefficient il faut lancer 330 bombes sur une raffinerie pour que 50 tombent au but. Un groupe comprenant 13 avions (à supposer que 10 identifient et attaquent l'objectif avec 10 bombes chacun de 100 kg) devra effectuer trois missions.

La destruction des 122 raffineries demandera 366 sortie de groupes. Si l'on envisage l'emploi de 12 groupes à raison de trois missions par semaine, il faudra compter environ dix semaine pour détruire les raffineries du Caucase.

Les mêmes résultats peuvent aussi être obtenus par des attaques de nuit à une altitude de 2 000 m à la vitesse de 200 km/h. Il faut remarquer que ces calculs ne tienne pas compte de l'intervention de la chasse et de la D.C.A. soviétiques.

Ces calculs sont révisés lorsque l'état-major français reçoit des informations plus précises des Britanniques. Ainsi dans le compte rendu de sa liaison effectuée à londres, le Capitaine JOUANNET montre que si l'objectif principal est maintenu "les raffineries de Bakou paraissent constituer un objectif d'une importance et d'une vulnérabilité exceptionnelles".

Il s'est avéré à la lumière de nouveaux renseignements fournis par les Britanniques que les raffineries de Bakou étaient concentrées dans un rectangle de 3 500 m sur 800 au bord de la mer. Aussi en conclut-il que "les estimations de moyens nécessaires devraient être 6 à 8 fois plus faibles que celles faites initialement, en considérant les raffineries comme des objectifs distincts". Effectivement le Général VUILLEMIN dans une note adressée au Colonel chef de la mission A auprès de l'Air Ministry, écrit début mai qu'à la suite de renseignements plus précis, il a "été conduit à une estimation beaucoup plus favorable des moyens et des délais nécessaires à la destruction de ces raffineries".

Le Général VUILLEMIN est favorable à une attaque simultanée et par surprise des trois objectifs. Les Britanniques se chargeraient de Bakou et les Français de Groznyï et de Batoum. Dans une instruction personnelle et secrète qu'il adresse au Général JAUNEAUD, le 11 avril 1940, le Général VUILLEMIN fixe la durée des opérations de la première phase à 15 jours au cours de laquelle "le but à rechercher est d'obtenir d'emblée une désorganisation profonde de la production par l'attaque des distilleries".

Les groupes devront être engagés en totalité et à un rythme maximum. La seconde phase consistera à poursuivre les destructions qui n'auront pu être réalisées lors de la première phase et de harceler les tentatives de remises en état avec des moyens moindres.

La durée des opérations prévue initialement à deux mois et demi a donc été réduite à un mois avec des moyens plus faibles. Une étude critique des calculs de l'état-major montre que celui-ci était particulièrement optimiste dans ses prévisions. En effet, la répartition des bombes est aléatoire et ne se fait pas régulièrement dans des carrés de 100 m de côté. D'autre part les écarts de portée et de direction fixés respectivement à 210 et 240 m à partir d'une altitude de 5 000 m sont sous-estimés compte tenu de l'équipement rudimentaire de cette époque.

Enfin les effets des bombes de 50 et 100 kg sont relativement faibles, comparés à ceux des bombes utilisées par les anglo-américains à partir de 1943 contre l'Allemagne. On peut se poser des questions sur l'étendue des dégâts qu'auraient pu causer des projectiles de faible calibre. Il ne fait pas de doute que l'effet destructeur de ces bombes a été surestimé par l'état-major; il faut dire que l'aviation française ne les avait pas encore expérimentés sur des objectifs réels.

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Message par avz94 le Mer 20 Fév - 0:07

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LES CONDITIONS D'EXECUTION

Le déploiement des forces aériennes est envisagé au début dans trois régions : dans la partie nord-est des états sous mandat français appelée Bec de Canard, en Turquie d'Asie et au nord de l'Irak. La seule base aménagé dans la région du Bec de Canard est celle de Hassatche.

Dans la partie est de l'Asie mineure, il existe un seul terrain de première catégorie, celui de Diabekir, encore est-il situé à 80 km de la voie ferrée ce qui ne facilitera pas le ravitaillement des groupes. Deux autres terrains de troisième catégorie sont eux aussi d'accès difficile, ce sont les terrains de Trébizonde et d'Erzeroum.

De leur côté les Britanniques ont six terrains dans la région de Mossoul en Irak. La difficulté majeure de l'opération réside dans la distance qui sépare les terrains des objectifs.

A partir d'avril 1940, il apparaît que les terrains turcs ne pourront être utilisés comme base de départ pour les aviateurs alliées. Aussi, le Général VUILLEMIN demande-t-il au Général JAUNEAUD dans un télégramme de "ne pas envisager l'utilisation des bases turques comme plate-formes opérations" mais seulement comme terrains de secours.

Le 7 février 1940, le 3° bureau prévoit l'utilisation de deux types d'avions de bombardement moderne : le LeO 45 et le Glenn-Martin. Si le LeO 45 peut franchir 2 000 km sans trop de difficultés, il n'en est pas de même du Glenn-Martin, bombardier léger, qui a une autonomie théorique de 1 400 km. Il présente un autre inconvénient, c'est celui de ne pouvoir emporter que huit bombes de 50 kg maximum et d'utiliser de l'essence C au lieu de l'essence B comme le LeO 45.

Les distances entre les objectifs et les terrains permettent d'utiliser les Glenn-Martin contre Batoum qu'à partir des terrains turcs. Une attaque à partir des terrains situés dans les Etats du Levan n'est possible qu'avec des LeO 45.

Le 3° bureau dans sa note au Général VUILLEMIN propose d'envoyer deux groupes de LeO 45 et deux groupes de Glenn-Martin. Le Général VUILLEMIN adopte cette solution puisqu'il écrit en marge de la note : "s'organiser pour envoyer au Levant deux groupes de LeO 45 et deux groupes de Glenn-Martin".

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Fin février le 3° bureau révise ses estimations puisqu'il prévoit deux groupes de LeO 45 basés en Irak avec sept squadrons anglais pour bombarder Bakou. Mais entre temps le 3° bureau se demande si le LeO 45 sera capable de franchir 1 600 km avec son chargement de bombes. Une demande est aussitôt faite à la 12° Escadre pour vérifier les possibilités de l'appareil. Le 25 mars le nombre de groupes est encore augmenté. Il est prévu d'envoyer deux groupes de LeO 45, quatre à cinq groupes de Glenn-Martin et un groupe de Farman 221.

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Les Britanniques pensent engager 5 à 7 squadrons. Nous obtenons donc un total de 12 à 15 groupes, nombre prévu par les études théoriques pour détruire les raffineries. Un groupe de chasse français doit être aussi envoyé pour assurer la protection des terrains.

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Début avril les LeO 45 sont abandonnés et remplacés par des Farman 221. Les LeO 45 sont encore à l'instruction dans le sud-est de la France et sont peu nombreux pour être envoyés hors de France. Les Farman 221 sont des appareils anciens dont la vitesse moyenne est de 200 km/h. Des études sont menées par les services techniques pour améliorer les performances du Glenn-Martin. Un réservoir supplémentaire de 300 litres est adapté lui permettant ainsi de franchir 2 200 km. Les Glenn-Martin pourront alors opérer à partir des bases situées dans la région du Bec de Canard. Un seul détail, les Glenn-Martin ne sont pas encore équipés de ces réservoirs et il faut compter un bon mois pour les installer.

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L'état-major de l'armée de l'air décide d'abandonner les Farman 221 trop vulnérables pour ne conserver que cinq groupes de Glenn-Martin. Les Britanniques de leur côté prévoient quatre groupe de Blenheim IV. La R.A.F. attaquera Bakou et l'aviation française Batoum et Groznyï.

Il restait à prévoir une riposte éventuelle de l'aviation soviétique. Le 2° bureau air évalue la chasse soviétique dans la région du Caucase à deux régiments de 47 avions I.15 et 47 avions I.16 plus deux groupes de chasse de 30 appareils I.15, soit l'équivalent de quatre groupes de chasse français.

La D.C.A. soviétique se composerait de trois régiments d'artillerie représentant 108 pièces.

L'aviation de chasse et la D.C.A. soviétique ne sont pas rentrées dans les calculs de l'état-major. Les capacités de réation des soviétiques sont considérées comme négligeables; on ne trouve en effet aucune mention sur leur action éventuelle contre les avions de bombardement alliès.

Le projet étant prêt, il ne reste plus qu'à rentrer dans la phase de réalisation.

LE PROJET OUBLIE DANS LA TOURMENTE DE MAI 1940

Des travaux sont commencés au Levant. Les plate-formes dans la région du Bec de Canard sont aménagées. Un équipement radio-goniomètrique, des munitions et du combustible sont mis en place.

Dans son instruction personnelle et secrète du 11 avril 1940 au Général JAUNEAUD, le Général Vuillemin maintient la date du 15 mai pour le début possible des opérations. mais le retard pris par la transformation des Glenn-Martin l'oblige début mai à repousser les opérations pour la mi-juillet.

Cette décision est d'autant plus étonnante que le 5 mai un seul groupe, le GB I/39 transformé sur Glenn-Martin est disponible au Levant. Encore faut-il préciser qu'il n'est pas équipé de lance-bombes. Il ne les recevra que le 14 juin 1940 et ne sera prêt pour des missions de bombardement que le 24 juin 1940.

Les quatres autres groupes prévus des 62° et 63° Escadres, les G.B. I/62, II/62, I/63 et II/63 sont en court de transformation début mai. Ils ne partirons jamais pour le Levant car ils seront jetés dans la bataille de France qui éclate le 10 mai 1940. Il n'est pas question en effet pour le Général Vuillemin de disperser ses unités, alors qu'il n'en a déjà pas suffisamment pour faire face aux attaques de la Luftwaffe. Aussi on comprend que le PLAN R.I.P. devant les événements graves qui se déroulent en France soit oublié.

Le Général GAMELIN note dans ses mémoires : "Le Général VUILLEMIN insiste avec raison pour que nous ne renforcions pas l'aviation du Levant. L'affaire des "pétroles russes" paraît heureusement s'assoupir".

Ainsi le projet de bombardement du pétrole soviétique disparaît dans la tourmente de mai-juin 1940.
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Europe Re: LE PROJET DE BOMBARDEMENT DES PETROLES SOVIETIQUES

Message par capablanca le Mer 20 Fév - 1:40

Merci AVZ

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Europe Re: LE PROJET DE BOMBARDEMENT DES PETROLES SOVIETIQUES

Message par EDriant le Sam 23 Fév - 1:58

Très intéressants ces posts, sur un sujet peu connu.
Mais tout de même, on nage en plein délire, les Etats-Majors et les politiques de l'époque vivaient vraiment dans leur bulle: on fait des plans pour disperser nos avions sur des théâtres d'opérations même pas secondaires, alors que Vuillemin savait parfaitement qu'en cas d'attaque massive des Allemands sa maigre aviation, même en groupant tous ses moyens, ne survivrait pas longtemps (il l'a dit à plusieurs reprises). Sans parler des implications stratégiques d'une telle folie.
C'est un peu comme les plans pour aider les Finlandais, ou même l'opération en Norvège, ça résume l'atmosphère du moment et c'est à l'image du généralissime: on veut bien faire la guerre (puisqu'on l'a déclarée), mais pas trop. Il ne faudrait pas fâcher vraiment l'ennemi principal, qui finalement fait peur et dont on espère bien qu'il finira par s'apaiser en négociant un peu (en tous cas on se force à le croire, comme on se force à croire que le blocus maritime a des effets dévastateurs sur le moral allemand...). La réalité virtuelle est une notion bien plus ancienne qu'on ne pourrait le croire...

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