La Marine Française en 1939-1940

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Europe La Marine Française en 1939-1940

Message par avz94 le Lun 4 Fév - 1:05

La Marine Française en 1939-1940 de Philippe MASSON agrégé de l'université, docteur és lettres.

Avec 600 000 tonnes de navires, la Marine française de 1939 se situe au 4° rang dans le monde, assez loin derrière la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et le Japon. Considérée comme un excellent instrument de combat, on a pu se demander, à la lumière du désastre de 1940, si elle correspondait bien à la politique militaire française et si les crédits employés à sa construction n'auraient pas mieux été utilisés en faveur du développement des forces terrestres et aériennes.

En attendant de répondre à cette question, notons que cette flotte, à l'exception des cuirassés anciens, procéde du statut naval de 1924, mis au point par l'état-major général dans l'hypothèse d'un conflit avec les marines européennes secondaires. Le statut repose, en fait, sur une double formule. La notion des besoins absolus définie par les rapporteurs du budget de 1924 et reprise par Georges LEYGUES en 1929 est destinée aux membres du Gouvernement, aux milieux parlementaires et doit renforcer la position françaiselors des discussions sur le désarmement.

Cette notion tient compte de la défense des liaisons avec l'Afrique du Nord, susceptible de fournir 300 000 combattants at autant de travailleurs, de la protection des lignes de communications avec l'empire longues de près de 40 000 milles marins et de la défense des côtes de la France et de ses possessions, plus de 36 000 km au total. Elle tient encore compte d'un commerce maritime qui représente 66% des échanges, soit 32 millions de tonnes d'importations dont 5 de pétrole.

Mais, en réalité, le statut naval dérive de la formule des besoins relatifs basée sur des études secrètes de l'état-major, non communiquées aux milieux politiques. Ces études sont fondées sur l'hypothèse précise d'un conflit avec l'Allemangne et l'Italie. C'est ce que souligne en 1923 Georges LEYGUES dans une lettre adressée au Général SERRIGNY : "La Marine, d'accord avec la guerre, est dans l'obligation de prévoir les possibilités d'un conflit avec l'Italie associée à l'Allemagne, en tenant compte dans une certaine mesure de l'incertitude où nous sommes de l'attitude qu'adopterait l'Espagne".

Dans cette éventualité, la Marine devait avoir, en Méditerranée, une force navale suffisante pour dominer la flotte italienne, dans le nord une force capable d'arrêter l'escadre allemande tentant de pénétrer en Manche et dans l'Atlantique; elle devait également disposer de bâtiments pour surveiller les lignes de communications lointaines et assurer la protection directe des transports.

Dans ces conditions, le statut naval de 1924 doit donner en 20 ans à la Marine française une flotte de 725 000 tonnes, présentant une marge de supériorité de 100 000 tonnes environ sur celle que l'on pense pouvoir attribuer alors à l'Allemagne et à l'Italie. Cette flotte compterait donc : 177 800 tonnes de navires de ligne et 60 960 tonnes de porte-avions, conformément aux accords de Washington. Elle comprendrait aussi 360 000 tonnes de bâtiments légers (croiseurs, contre-torpilleurs, respectant les limitations de déplacement et d'armement fixées à Washington) et 65 000 tonnes de sous-marins, sans compter quelques bâtiments spécialisés : ravitailleurs, mouilleurs de mines...

Dix ans plus tard, il faut cependant reconnaître que les objectifs fixés n'ont pas été atteints et que la Marine française n'est pas en mesure d'équilibrer les forces navales de l'Italie associées éventuellement à celles de l'Allemagne. Le développement de la Marine italienne a été plus rapide que prévu. Quant à l'Allemagne, bien avant que l'accord naval de 1935 avec la Grande-Bretagne puisse faire sentir ses effets, elle a entrepris un renouvellement habile de sa flotte dans le cadre du traité de Versailles qui lui offre de larges perspectives en cas de guerre de course.

Contrairement à une opinion trop répandue, ce ne sont pas les conférences maritimes internationales qui ont constitué une entrave au développement de la Marine. Au lendemain de Washington, la France conserve la possibilité de construire trois cuirassés portés à quatre après la disparition accidentelle de la FRANCE. Mais, l'état-major général n'accorde alors qu'un intérêt secondaire à ce type de bâtiment. Après la conférence de Londres en 1930, la France interrompa la construction de croiseurs lourds; mais cet exemple sera suivi par l'Italie.

Le freinage constaté dans la réalisation du statut naval surtout après 1928 tient essentiellement à des raisons d'ordre intérieur. Contrairement à la loi navale de 1912, le statut n'a pas été voté par le Parlement et la Marine a dû se contenter de "tranches" annuelles toujours aléatoires et "arrachées" aux Chambres, suivant l'expression consacrée.

En réalité, le Parlement n'a jamais fait de difficultés pour voter ces tranches, ne manifestant qu'une allergie permanente à la construction de navires de ligne qualifiés de "mastodontes", de "cibles à torpilles", de "victimes impuissantes" comme on pourra le constater en 1913 au moment du vote des crédits du DUNKERQUE. Les quatre projets de loi du statut ont été rapportés favorablement par les commissions. C'est du Gouvernement lui-même, se retranchant derrière le principe de l'annualité budgétaire, qu'est venue l'obstruction essentielle. Les différents cabinets n'ont jamais insisté, en effet, pour faire venir les projets de loi en discussion, inspirés, semble-t-il, par des motifs d'ordre financier et internationaux. Ce sont du moins les raisons invoquées dès octobre 1922 par le ministre de la Marine : "Il ne parait guère désirable de s'engager pourvingt ans dans un programme de constructions navales à un moment où il est particulièrement difficile de faire des prévisions, même à courte échéance, sur les nécessités politiques, les progrés de la technique, les conditions économiques et notamment sur les prix. Non seulement l'adoption d'un tel projet entraînerait pendant vingt ans des charges budgétaires fort lourdes, mais... il serait de nature, en raison des interprétations qu'il recevrait à l'étranger, àcompromettre nos efforts pour résoudre la question réparations et des dettes interalliées dont l'intérêt est capital pour l'avenir du pays."

En vertu de cette politique, la Marine a pu recevoir des dotations régulières de 1924 à 1927, permettant une exécution ponctuelle du status et assurant la supériorité recherchée sur les flottes allemande et italienne. Un retard notable se manifeste ensuite avec l'absence de tranches en 1928 et 1933. En 1934, le déficit en bâtiments légers est de l'ordre de 50 000 tonnes aggravé par les tranches de 1931 et 1934 en grande partie consacrées aux navires de ligne DUNKERQUE et STRASBOURG.

Quoiqu'il en soit, le résultat souhaité n'a pas été atteint et en 1934, à la veille de l'accord naval germano-anglais qui va consacrer le redressement de la Kriegsmarine, la Marine française se trouve en état d'infériorité face à une éventuelle coalision italo-allemande. Le décalage est d'autant plus net que la marine allemande, tout en respectant le cadre de 100 000 tonnes du traité de Versaille, a procédé à une reconstruction intelligente de sa flotte, axant son effort sur des croiseurs légers à grand rayon d'action aptes à la guerre de course et sur trois "cuirassés de poche" de 12 000 tonnes qui surclasse par leur vitesse les vieux cuirassés de la classe LORRAINE et disposent d'une protection et d'un armement supérieurs aux croiseurs lourds français qui ne peuvent opposer que des pièces de 203 mm aux 280 allemands.

En tout cas, à partir de 1934, dans le cadre d'une nouvelle conjoncture internationale, les obstacles qui s'opposaient au développement de la flotte sont pratiquement levés. De fait, l'expansion italienne se manifeste avec vigueur en Méditerranée. En 1934, Rome annonce la mise en chantier de deux navires de ligne de 35 000 tonnes. L'année suivante, commence la conquête de l'Ethiopie, suivie en 1936 de l'affaire d'Espagne. Le 1er novembre 1936, l'axe Rome-Berlin est forgé et l'Italie entreprend une campagne de revendication concernant Nice, la Corse, la Tunisie.

Au même moment, survient le réarmement de l'Allemagne, clandestin d'abord, avec la mise en chantier des deux croiseurs de bataille SCHARNHORST et GNEISENAU déplaçant 26 000 tonnes (32 000 tonnes) au lieu des 10 000 du traité de Versailles, officiel ensuite avec l'accord germano naval du 18 juin 1935, conclu sans que la France en ait été avertie et qui donne à l'Allemagne la possibilité de construire une marine de guerre égale à 35% de la flotte britannique et même 100% en certaines circonstances, en ce qui concerne les sous-marins.

En vertu de cette situation, la marine des besoins relatifs n'est plus. Un réarmement accéléré, ne serait-ce que pour tenir tête à l'Italie, s'impose d'autant que le Comité supérieur de la Défense nationale, résigné à la défensive sur le front occidental, accorde de nouvelles responsabilités à la défensive sur le front occidental, dans le cadre d'une action prévue en Méditerranée orientale. Simultanément, l'appui britannique devient indispensable et des conversations franco-anglaises débutent en août 1938 pour déboucher, un an plus tard, sur un accord naval qui n'est pas sans rappeler celui de 1912.

La tension internationale se traduit par la levé de toute restriction financière. Si le Gouvernement reste hostile à l'idée d'un programme à long terme, il accorde des "tranches" de plus en plus généreuses. Celle de 1935 correspond à la mise en chantier des navires de ligne RICHELIEU et JEAN-BART. La tranche 1938 (loi de finance du 31.12.37) comprend deux porte-avions, un croiseur, six torpilleurs et cinq sous-marins. Par décret-loi du 2 mai 1938, la Marine obtient une tranche supplémentaire dite "tranche 1938 bis" qui concerne deux navires de ligne, un croiseur, dix torpilleurs et sept sous-marins.

Remaniée l'année suivante, cette tranche est fixée à deux navires de ligne, un croiseur, trois contre-torpilleurs, six torpilleurs et sept sous-marins, tout en conservant le nom de "tranche 1938 bis". Enfin, le décret-loi du 12 avril 1939 autorise la mise en chantier d'une tranche supplémentaire "1938 C", comprenant un contre-torpilleur, deux torpilleurs et quatre sous-marins.

Au total, est ainsi autorisée la mise en chantier de :

- quatre navires de ligne (RICHELIEU, JEAN-BART, CLEMENCEAU et GASCOGNE);
- deux porte-avions (JOFFRE et PAINLEVE);
- deux croiseurs (CHATEAURENAULT et GUICHEN);
- quatre contre-torpilleurs;
- quatorze torpilleurs de 1 800 tonnes;
- dix torpilleurs de 1 000 tonnes;
- seize sous-marins dont trois mouilleurs de mines.

Une flotte nouvelle est donc en construction et en 5 ans, la Marine va absorber 27% des crédits d'équipement des forces armées. en fait, ce réarmement sera limité par les capacités des arsenaux et des chantiers privés. Ne seront réellement mis sur cale que trois navires de ligne (RICHELIEU, JEAN-BART, CLEMENCEAU), le porte-avions JOFFRE, 4 contre-torpilleurs (MARCEAU, DESAIX, KLEBER, HOCHE), 4 torpilleurs de 1 800 tonnes, 3 torpilleurs de 1 000 tonnes, un sous-marin de 1 500 tonnes, 7 sous-marins de 630 tonnes. En juin 1940, seuls seront en voie d'achèvement les navires de ligne RICHELIEU et JEAN-BART qui réussiront à quitter la métropole. D'ailleurs, dès la fin 1938, l'amiral DARLAN s'inquiétait des retards de construction et prévoyait que la date d'achèvement des tranches prévue pour le 1er janvier 1943 ne serait pas respectée.

En définitive, la Marine française va entrer dans le conflit avec la flotte mise en chantier avant 1934, dans le cadre du statut naval, même si celui-ci n'a finalement servi que de plan indicatif. Il y a là une situation qui n'est nullement propre à la France. Toutes les grandes marines aborderont le conflit avec des bâtiments lancés avant les débuts de la tension mondiale, construits dans un climat résolument défavorable à tout effort naval sérieux, marqué par la détente internationale, les illusions du désarmement, les contraintes financières et le désintérêt de l'opinion. Les unités mises en chantier après 1934 n'entreront en service qu'à partir de 1941.

On trouve là une contingence inconnue des autres forces armées, illustrée également par le réarmement de l'Allemagne. Alors que l'Armée et la Luftwaffe arrivent dès 1939-1940 à un remarquable degré d'efficacité, la Kriegsmarine dont le redressement a pourtant commencé en 1934 également ne constitue pas encore une force militaire suffisante.

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Lancement du Richelieu à Brest le 17 janvier 1939 (Ph. musée de la marine)

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Le Dunkerque en 1937 (Ph. musée de la marine)

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Le croiseur de 10 000 t. Colbert (ph. musée de la marine)

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Message par avz94 le Lun 4 Fév - 1:17

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Au total, la flotte de 1939 comporte trois cuirassés de type ancien modernisés, de la classe LORRAINE, deux navires de ligne récents de 26 500 tonnes (STRASBOURG, DUNKERQUE), 7 croiseurs lourds de 10 000 tonnes, 10 croiseurs légers, 66 contre-torpilleurs et torpilleurs et 75 sous-marins. Cette marine affiche un certain nombre de points forts et de faiblesses. Contrairement à ce qui s'était passé au cours du premier conflit mondial, le problème du commandement a été résolu.

Par les décrets de 1921 et de 1926, le chef d'état-major général chargé de la préparation de la guerre en temps de paix devient commandant des forces navales en temps de guerre.

Assité d'un major général, il^prépare, rassemble et entretient les moyens. Se trouvent ainsi assurées la continuité entre la préparationet la conduite de la guerre, la conduite supérieure des opérations et la liaison, en temps de guerre, entre les forces et les services. Pour alléger la tâche du commandant en chef, un rouage supplémentaire s'interposera entre l'état-major et les forces navales, le théâtre d'opérations remplacé en 1937, pour plus de souplesse, par la formule "Forces Maritimes". en 1939-1940, on aura ainsi des amiraux Nord, Ouest, Sud, Atlantique Ouest-Sud et Afrique. De son quartier général de Maintenon, Darlan assurera la conduite de l'ensemble grâce à un remarquable système de transmissions, bien supérieur à celui des armées de terre et de l'air.

Pendant toute la "Drôle de Guerre" le moral et la cohésion des équipages se révèleront excellents, sans commune mesure avec ceux des autres forces armées. Si les constructions sont restées lentes, 3 ou 4 ans, la série a fini par l'emporter et la Marine possède des formations de croiseurs et de destroyers parfaitement réussies. La "force de raid" constitué autour du STRASBOURG et du DUNKERQUE représente un ensemble homogène dont la Royal Navy n'a pas l'équivalent au début de la guerre. Dans la cadre du déplacement de 35 000 tonnes, le RICHELIEU et le JEAN-BART apportent des solutions originales que ce soit pour la disposition des machines et de l'artillerie principale groupées sur la plage avant en deux tourelles quadruples.

Des conceptions discutables apparaissent cependant. La Marine persiste à construire des grands torpilleurs de 2 500 tonnes, aux performances brillantes, qui dominent les bâtiments italiens de la même catégorie, mais qui sont surclassés par les croisseurs légers italiens ou allemands de 5 000 tonnes. La plupart des bâtiments légers, prévus pour l'action en Méditerranée, se caractérisent par des faiblesses de machines et un rayon d'action insuffisant. Les sous-marins ont une prise de plongée lente et une capacité d'immersion trop faible.

La déficience principale propre, il est vrai, à toutes les marines de l'époque, concerne l'avion, dont le rôle en dépit d'expériences intéressante menées par l'aéronavale a été sous estimé. L'avion reste réservé à l'éclairage, un réglage du tir et la doctrine identifie toujours le combat naval à une rencontre entre bâtiments porte-canons. L'attaque aérienne semble concerner essentiellement les bases et explique l'insuffisance de la D.C.A. des navires prévue contre les bombardements en vol horizontal ou les attaques d'avions torpilleurs et nullement contre des appareils en piqué, comme le montreront les expériences de la Norvège et de Dunkerque.

Dans cette optique, la Marine destinée en principe à opérer dans des mers étroites, dans le rayon d'action de l'aviation basée à terre, ne comporte pas de porte-avions. Le COMMANDANT TESTE n'est qu'un transport d'hydravions. Quant au BEARN, il reste un bâtiment expérimental, subissant les modifications presque constantes et il sera rayé des listes de la flotte au début de la guerre. Le JOFFRE ne devait être achevé qu'en 1943. Enfin, les travaux menés sur la détection électromagnétique ou par ultra-sons n'ont conduit en 1939 à aucune application pratique. C'est par le biais des accords navals franco-britanniques que la Marine recevra ses premiers radars et asdics.

Une dernière lacune concerne les bases. Des travaux ont bien été poursuivis entre les deux guerres dans les ports de la métropole, à Bizerte et à Saïgon. Mais, en 1936, encore, les crédits consacrés aux travaux maritimes ne représentent que 1,5% du budget. Il faut attendre le plan quinquennal de 1938 pour prévoir la création de points d'appui à Casablanca, Abidjan, Fort de France et Diègo-Suarez, la construction d'une grande base à Dakar accessible aux navires de ligne et le remplacement de Bizerte, situé au fond d'un cul de sac et à quelque minutes de vol de la Sicile, par Mers-El-Kébir. En 1940, ces travaux étaient à peine amorcés et contrairement à la Royal Navy, la Marine française ne disposait pas d'un réseau de base mondial.

On peut maintenant se demander si la création d'une marine importante répondait à la stratégie française et si le développement de cette flotte ne s'est pas effectué au détriment de l'armée et de l'aviation. En fait, la marine de 1939 répondait parfaitement à la doctrine militaire élaborée par le Conseil supérieur de la Défense nationale notamment à partir de 1936 avec le réarmement de l'Allemagne et la construction de la ligne Sigfried. La doctrine française écarte résolument l'idée d'une offensive brutale, décisive contre l'Allemagne ou l'Italie.

La France doit se préparer à une guerre longue, d'usure et la stratégie élaborée à la veille du conflit par le Général GAMELIN, en liaison d'ailleurs avec l'Amiral DARLAN exclu, même une décision à terme sur la frontère du nord-est, ne serait-ce qu'en raison de l'importance des effectifs et de l'ampleur des systèmes fortifiés. Avec un potentiel économique et démographique très inférieur à celui de l'Allemagne, ne pouvant compter sur aucun appui solide à l'Est, GAMELIN n'a aucune confiance dans le concours tchécoslovaque ou polonais, la France doit donc faire preuve de réserve (gêrer sagement ses effectifs) et attendre la "reconstruction de la puissance britannique" dont la participation sera "infime" au début d'une guerre.

Il est frappant de constater que Gamelin assimile la situation de la France à une position insulaire. En octobre 1938, il estime que "derrière son système fortifié, la France doit pouvoir conduire sa guerre comme l'Angleterre derrière la Manche". Le 8 septembre 1939, il précise "il faut que la France se fasse à l'idée qu'a l'abri de son système fortifié, comme la Grande-Bretagne dans son île et prête à se défendre sur tous les fronts, elle aura peut-être à conduire hors de ses frontières une lutte du genre que celle que l'Angleterre a souvent menée au cours de son histoire, résolue d'ailleurs à passer à l''offensive décisive lorsque l'heure sera venue".

Dans le cadre d'une position insulaire et d'une stratégie périphérique, les forces navales ne peuvent que jouer un rôle extrêmement important. Elles devront assurer la liberté des lignes de communication indispensables au ravitaillement des armées, répondre aux actions éventuelles de la marine allemande et italienne et instaurer un blocus que GAMELIN et DARLAN estiment très efficace. L'aviation participera également à cette entreprise de guerre économique par des "bombardements lointains" sur le potentiel industriel du Reich. Ces raids seront d'ailleurs réservés à l'aviation britannique, compte tenu de la faiblesse de l'armée de l'air française destinée à subir l'effort principal de la Luftwaffe.

Les forces maritimes constitueront enfin le support des actions offensives que GAMELIN et DARLAN entendent réserver à la méditerranée, compte tenu de l'impuissance réciproque des deux adversaires sur le théâtre du nord est. La Méditerranée constitue, en effet, un "axe vital" pour les alliés et représente pour la France un théatre d'action privilégié. Elle assure les liaisons entre la France et l'Afique du Nord, la Grande-Bretagne, le Proche-Orient et l'Océan Indien. Compte tenu de cette importance stratégique, deux répliques sont à prévoir.

La première concerne une initiative de l'Allemagne associée ou non à l'Italie dans les Balkans et visant la Yougoslavie et surtout la Roumanie, où le Reich pourrait être tenté de se procurer le pétrole et les céréales lui permettant de pallier les effets d'un blocus. Dans cette hypothèse, une action alliée devrait intervenir à partir de Salonique avec l'appui de la Grèce et de la Turquie. Elle supposerait le renforcement du dispositif militaire frannçais au Levant et l'établissement d'une base navale à Beyrouth.

Quant à la seconde réplique, elle concerne l'Italie susceptible, en cas d'intervention aux côtés de l'Allemagne, de menacer la Tunisie et de disputer à la France le contrôle des routes dans le bassin occidental de la Méditerranée, avec d'autant plus de succès qu'elle pourrait, à faveur d'un concours même indirect de l'Espagne, disposer d'une base navale aux Baléares. Ainsi, le plan militaire français prévoit-il une opération combinée dirigée contre l'Italie. A une offensive terrestre menée à travers les Alpes ou de Tunisie en direction de la Libye, répondaient les attaques maritimes contre des points sensibles du littoral (golfe de Gênes) et contre les liaisons entre la Péninsule et l'Afique du Nord.

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La Jeanne d'Arc à Venise en 1939 (ph. musée de la marine)

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Sous-marin Orphée (Ph. musée de la marine)

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Message par avz94 le Lun 4 Fév - 1:18

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Cette stratégie française qui s'appuie sur l'idée d'un réduit maritime, de la liberté des communications et sur la maîtrise de la Méditerranée suppose la participation britannique. Depuis l'accord germano-italien de 1935, la MArine française n'est plus en mesure d'affronter à la fois les flottes italienne et allemande. Compte tenu de la réalisation irrégulière du statut naval, elle ne dispose en 1939 d'aucune marge de supériorité sur la flotte italienne et à l'horizon 1942-1943, l'équilibre va dépendre de la réalisation de la tranche 1938 bis.

Cette participation navale britannique se concrétise pas l'accord de Portsmouth du 8 août 1939. Fondé sur l'expérience de 1914-1918, cet accord prévoit une large coopération entre les deux marines concernant les liaisons, les transmissions, la mise en place d'exercices communs et l'échange de matériels de haute technicité ; mines magnétiques, gerbes colorées, asdic, radar.

Le problème le plus important concerne la répartition des zones d'opérations. Les Anglais entendent ainsi grouper le gros de leurs moyens en mer du Nord, en Manche et dans l'Atlantique occidental de manière à surveiller la flotte allemande et éviter les attaques sur les lignes de communications alliées. Pour cette mission jugée fondamentale, les Britanniques, à court de grands bâtiments modernes, insistent pour la participation des navires de ligne français DUNKERQUE et STRASBOURG, en liaison avec des croiseurs. Cette "force de raid" agirait à partir de Brest et de Dakar. En ce qui concerne la Méditerranée, la Marine française aura la responsabilité du bassin occidental et la Royal Navy du basssin oriental.

Indépendamment de la "force de raid" dont l'action se limitera d'ailleurs à l'Atlantique central, à l'est d'une ligne Ouessant, Açores, Iles du Cap Vert, Cap des Palmes, lui permettant de rallier rapidement Gibraltar, ce dispositif offre à la Marine française l'avantage de pouvoir concentrer le gros de ses moyens en Méditerranée occidentale, assurer le ravitaillement de l'Afrique du Nord et le passage des convois à destination de la métropole.

Au cas où la flotte italienne se montrerait particulièrement entreprenante, les convois à partir d'Oran ou d'Alger pourraient être détournés sur les ports de l'Atlantique. De toutes manières, au début des opérations en Méditerranée, un "No Man's land commercial" serait mis en place "pour enlever tout objectif aux sous-marins et avions ennemis qui se fatigueraient pour rien en de longues croisières". Le trafic serait reporté sur l'Atlantique. Simultanément, des actions interviendraient contre les installations économiques du golfe de Gênes, de manière à contraindre le corps de bataille italien au combat.

Dans cette lutte contre l'Italie, la Marine française compte sur l'appui britannique. Depuis Gibraltar, les Anglais interdiront toute incursion de navire allemands en Méditerranée. Quant à la Méditerranean Fleet, basée à Alexandrie, elle exercera son action principale, en liaison avec la flotte française, contre le trafic entre l'Italie et l'Afrique du Nord. Enfin, dans le cadre d'une offensive terrestre lancée contre la Libye depuis la Tunisie et l'Egypte, la flotte britannique se chargera des bombardements de Derna, Benghasi, Augusta et Catane, tandis que les navires français attaqueront Tripoli ou Palerme.

Le dispositif mis en place traduit cependant une divergence stratégique entre Anglais et Français, qui se manifeste par l'inégale répartition des forces entre les théâtres d'opérations. En méditerranée, ce rapport ne dépasse pas 125 à 100 en faveur des alliés, pour atteindre 400 à 100 en mer du Nord et dans l'Atlantique.

Cette inégalité traduit le fait que les Anglais ne considèrent pas la Méditerranée comme le théâtre d'opération principal. Au cours de la réunion de Portsmouth du 08 août 1939, les Anglais ne dissimulent par leurs réticences devant les intentions françaises en Méditerranée, en dehors de la lutte contre l'Italie. L'amiral Dudley Pound ne cache pas son hostilité à toute action contre l'Espagne, au cas où celle ci dépasserait le stade d'une neutralité malveillante et accorderait un appui direct aux puissances de l'Axe.

Les Britanniques ne manifestent également aucun enthousiasme aux intentions du commandement français de "devancer l'Axe dans les Balkans" et de participer au plan d'opération du 26 juin 1939 mis au point par l'état-major de la Marine en accord avec l'armée. En cas d'une attaque italienne contre la Grèce ou la Yougoslavie ou d'une initiative allemande en Roumanie, Gamelin et Darlan envisagent en effet, l'action d'une force de raid à partir des îles ioniennes pour immobiliser en Adriatique le maximum de forces italiennes, le maintien d'une formation navale au large du Péloponnèse pour éviter un débarquement ennemi en Crète et l'envoi d'une division à Salonique depuis le Levant. La réaction anglaise se limite à une promesse d'escorte, excluant une participation terrestre même symbolique.

En définitive, compte tenu de la stratégie adoptée par le haut commandement français, la Marine française de 1939, à peine supérieure à celle de l'Italie ne constitue nullement une force excessive. Sa construction n'avait d'ailleurs absorbé que 27% des dépenses d'armement et même nettement moins à la veille de la guerre. Attribués à l'armée ou à l'aviation, ces crédits n'auraient pu avoir d'effets décisifs, à une époque où les industries aéronautiques ou de matériel blindé se trouvaient à la limite de leur capacité.

Il n'en reste pas moins que le rôle de la Marine de 1939-1940 a été décevant. Certes, elle a participé au début de la bataille de l'Atlantique, à l'expédition de Norvège, à l'évacuation de Dunkerque. Mais, elle n'a mené qu'une guerre de quelques jours contre l'Italie et par suite de l'effondrement militaire du pays, elle a dû évacuer à la mi-juin 1940, ses bases de la Manche et de l'Atlantique en catastrophe, abandonnant un énorme matériel et un tonnage considérable de navires en construction.

Cet aboutissement n'était pas le résultat d'une conception stratégique, valable en elle-même compte tenu de la faiblesse relative de la France et de son isolement, mais d'une doctrine tactique désastreuse. En dépit des démonstrations allemandes de l'avant guerre, des renseignements du 2° bureau, des leçons de la campagne de Pologne, le Général Gamelin n'avait pas su mettre eu point la tactique susceptible de répliquer à la Blitzkrieg reposant sur l'utilisation massive des char et de l'aviation.

Restée intacte au lendemain du désastre, la Marine française devait constituer un enjeu politique de première importance et la Grande-Bretagne et l'Allemagne allaient tenter pendant près de deux ans de l'utiliser ou de la neutraliser. C'est en grande partie pour obtenir le désarmement de la flotte et l'empêcher de continuer la guerre que Hitler, en juin 1940, contre l'avis de ses généraux, devait accorder à la France un armistice relativement modéré. En novembre 1942, la tentative de s'emparer des meilleures unités devait conduire au sabordage. Quant à Churchill, en déclenchant l'opération de Mers-El-Kébir, il obéissait à la crainte de voir cette flotte tomber aux mains de l'ennemi et lui donner un avantage décisif. D'une certaine manière, cet enjeu politique constitue un hommage rendu à la qualité de la Marine française de 1939-1940.


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Aviso colonial Bougainville (Ph. musée de la marine)

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Aviso dragueur Elan le 12 mai 1939 (Ph; musée de la marine)

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Torpilleur le Hardi aux essai en 1939 (Ph. musée de la marine)

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Contre-Torpilleur Le Terrible (Ph. musée de la marine)

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