Une guerre de retard

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Europe Une guerre de retard

Message par EDriant le Sam 24 Nov - 15:01

Le titre complet devrait être: "la pensée militaire française depuis Napoléon où l'art d'avoir toujours une guerre de retard".
Pour avoir un peu lu, non seulement sur 39-40, mais aussi sur 14-18 et sur 1870-71, je me suis souvent interrogé sur la faculté extraordinaire de notre nation, pourtant très en avance dans ses doctrines militaires sous le premier empire, à être systématiquement en retard d'une guerre au début de chacun des conflits majeurs qu'elle a connus depuis.
Qu'on en juge:

* Lors de la guerre de 1870-1871, la doctrine militaire française est passive, défensive: on recherche la "belle position", qui, grâce à la supériorité du feu conférée par les fusils Chassepot et les premiers canons à balles, permettra de tenir l'ennemi en respect et de remporter la bataille à moindres frais.



Malheureusement, à cette époque là l'armée française n'est pas assez nombreuse pour imposer un front continu; les fortifications de campagne et autres retranchements n'ont pas non plus le niveau de sophistication qu'ils atteindront par la suite, et le feu, bien que déjà très meurtrier, ne permet pas de condamner totalement toute tentative offensive d'un adversaire décidé. L'armée allemande pourra ainsi, par ses manoeuvres audacieuses et son allant, mettre nos valeureuses troupes en déroute en août 1870, malgré de lourdes pertes, et remporter le conflit. Elle y utilisera aussi de façon moderne son artillerie.
La doctrine militaire française lors de cette guerre n'était donc pas adaptée.

* 40 ans plus tard, les doctrines et les conditions d'engagement des armées ont évolué. Les Français pensent avoir retenu la leçon: plus question de stratégie défensive, on mise tout sur le choc, l'allant du fantassin qui doit faire la décision. Fi de l'armement lourd et des retranchements.
Ces théories sont magnifiées par les conférences du colonel Louis Loyzeau de Grandmaison, à qui l'ont doit notamment: "dans l'offensive, allons jusqu'à l'excès et ce n'est peut-être pas assez".
Le brave homme mourra tout naturellement d'une balle en pleine tête lors d'une attaque sabre au clair dans l'Aisne en février 1915.
Le paroxysme de l'action, dans la pensée militaire française de l'époque, est la charge massive, baïonnette au canon, devant déboucher sur le corps à corps.



Cette brillante tactique nous vaudra 130 000 morts en août 14, et 670 000 du début de la guerre à fin 1915.
Les Allemands eux, ont retenu les leçons de Spicheren et surtout de Saint-Privat en août 1870 où leurs fantassins s'étaient faits massacrer sous le feu bien ajusté des Français. Partisans de l'offensive rationnelle, ils mettent la puissance de feu au premier rang de leurs préoccupations et ne négligent ni le soutien de l'artillerie lourde, ni la fortification de campagne. Ils ont compris qu'un soldat mort n'est pas d'une grande utilité, quelle que fût sa bravoure. Ils ont compris aussi que les armes de 1914 ne sont plus celles de 1870: tout le courage du monde ne peut forcer le barrage de feu tendu par les mitrailleuses, les canons à tir rapide, les fusils à répétition et une troupe bien retranchée peut résister à tous les assauts.
Là encore, la faillite de la doctrine militaire française fut manifeste; dans ces conditions, le fait que l'Allemagne ait finalement été vaincue a tenu du miracle.

* 1939: cette fois, pas de blague, on sait à quoi s'en tenir: "le feu tue" comme l'a dit Pétain. Trop de morts pendant la Grande Guerre. Cette fois, plus d'engagement offensif, la plus stricte prudence doit primer; il faut "économiser le sang français". Priorité est donc donnée à la cuirasse, à la fortification; on s'enterre dans la guerre statique, la guerre d'attente, c'est la ligne Maginot.



Là encore, mauvaise pioche. Nos stratèges font une nouvelle fois l'erreur de se référer exclusivement à l'affrontement précédent. Ils n'ont pas vu que le moteur a révolutionné les lois de la guerre: les bombardiers en piqué et l'engagement massif des chars rendent la ligne statique intenable, les divisions blindées peuvent exploiter ensuite la percée avec une vitesse foudroyante, rendant impossible le fameux colmatage et l'acheminement des réserves. Les Allemands eux, pour en avoir souffert en 1918, ont bien compris l'importance du char d'assaut, et surtout la valeur de son emploi massif pour percer le front.
Une fois de plus, notre pensée militaire arriérée portera une lourde responsabilité dans notre défaite.

Ainsi, pendant près d'un siècle, les mêmes conflits conduiront les belligérants à des analyses radicalement différentes; et il faut bien constater que les Allemands sauront à chaque fois tirer les enseignements des conflits précédents en utilisant néanmoins des doctrines novatrices, alors que nos stratèges français auront systématiquement une guerre de retard. A quoi cette différence fondamentale est-elle due ? C'est là un mystère auquel je ne suis pas encore parvenu à apporter de réponse.
J'espère pour autant que nos stratèges d'aujourd'hui eux ont la réponse, et qu'ils feront en sorte que la prochaine guerre (face le ciel qu'il n'y en ait jamais plus!!!), à coup sûr différente des précédentes, ne soit pas une nouvelle fois engagée sur de mauvaises bases.

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Message par capablanca le Sam 24 Nov - 18:01

EDriant a écrit:
J'espère pour autant que nos stratèges d'aujourd'hui eux ont la réponse, et qu'ils feront en sorte que la prochaine guerre (face le ciel qu'il n'y en ait jamais plus!!!), à coup sûr différente des précédentes, ne soit pas une nouvelle fois engagée sur de mauvaises bases.

Le problème, c'est que les officiers supèrieurs français sont dans leur petit monde et ne sont plus au contact de leur troupes ni en temps de guerre ni en temps de paix pour voir ce qui va bien et ce qui ne vas pas. l'autre problème c'est qu'un Sous-Off chef de service va souvent préférer dire que tout vas bien plutôt que de dire qu'il y a des lacune dans son service pour être bien vu avec sont officier et ne pas avoir une movaise notation... No

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Europe Re: Une guerre de retard

Message par EDriant le Sam 24 Nov - 19:33

"Fasse le ciel" et non "face le ciel", je devrais vraiment prendre le temps de me relire!!!
Je suis d'accord capablanca. Je n'ai pas d'explication miracle, mais je pense comme vous qu'une certaine caste d'officiers supérieurs est fautive. Cela va même au-delà: une certaine élite française a une telle arrogance, une telle suffisance qu'elle est incapable de voir les réalités en face. On le voit en politique, dans le business comme dans l'armée. Notre économie n'est-elle pas en train de subir un mai-juin 40?
Cela tient de l'éducation de ces élites; il faudrait penser à leur donner avant tout un esprit pratique et pragmatique, au lieu d'en faire des génies de la théorie parfaitement inutilisables, comme l'était Gamelin.

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