Normandie – 17 Juin 1940 André Soubiran Jeu 3 Mai - 23:07

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Europe Normandie – 17 Juin 1940 André Soubiran Jeu 3 Mai - 23:07

Message par blairal1 le Jeu 4 Oct - 22:53

blairal1 a écrit:Visitez cet excellent site sur Ranes , parmi les meilleurs que je connaisse !

extrait du site http://www.ranes1944.org/CampagneDeFrance.html

Normandie – 17 Juin 1940
André Soubiran, J'étais médecin avec les chars, journal de guerre
[Le lieutenant Soubiran était affecté comme médecin auxiliaire au 3ème Régiment d’Auto-Mitrailleuses (3ème RAM). Le livre est un journal de guerre, commencé en 1941 et terminé en juin 1942, décrivant la Campagne du Régiment du 9 mai au 18 Juin 1940. Des difficultés de papier en empêchèrent la publication jusqu’en avril 1943. La Préface de Georges Duhamel et la dédicace au Chef d’escadron Jacques Weygand, le fils du Général Weygand, le firent interdire en zone occupée par la censure allemande jusqu’à l’attribution, en 1944, du prix Théophraste Renaudot.]

[ …] A quinze heures, la brigade tout entière revenait en position vers l’est pour barrer la route à la progression allemande.
Le P.C. du régiment s’établit au nord-est de La Ferté Macé, à Saint-Georges-d’Annebecq, en point d’appui avec deux batteries de 75.
Les escadrons Weygand et Rouzée prirent position à Rânes, un peu plus en avant, avec une section de 75 et le peloton de chars de Maugey.
Un bataillon de dragons portés s’installa vers le nord et le peloton Madelin tint l’axe La Ferté Macé-Carrouges au sud.
Vers cette ligne d’îlots de résistance on voyait de toute parts progresser les blindées allemandes avec des fanions blancs. Entre leurs lignes d’acier tournoyaient des détachements français errants, déjà vaincus, des réfugiés, fous de terreur, en multitude vagabonde, qui semblaient ne savoir où aller, et la foule des prisonniers désarmés et renvoyés, sans leurs officiers, par l’adversaire. Une confusion extrême régna ainsi, en dépit de laquelle des combats acharnés eurent lieu jusqu’au soir, entre les villages en feu et les chemins jonchés de cadavres.
Vers le sud brûlait Carrouges, où se battaient les dragons portés du capitaine de Royère soutenus par les chars de Madeline.
Entre Carrouges et Rânes, le lieutenant Dattez avec ses dragons prenait à partie un détachement porté allemand et l’anéantissait.
Devant Rânes, quelques dragons blessés au cours de furieux combats à pied entre Vieux-Pont et Saint-Brice, rendaient compte au capitaine Weygand de la présence sur le lieu du combat d’une importante colonne d’infanterie portée allemande qui semblait se préparer à avancer.
Maugey reçut l’ordre de s’y porter avec ses trois chars et de harceler cette colonne en agissant sur son flanc, quand elle passerait à bonne distance.
Il s’approcha de la colonne, la repéra et, au lieu de se maintenir à bonne portée et d’agir de loin par le feu de ses canons, avec prudence, il la remonta pour la surprendre par derrière.
Alors il se rua sur les camions à demi-blindés bondés d’uniformes verts et d’où venaient des chants. Presque à bout portant il envoya son premier coup sur le camion le plus proche. Touché en plein, tout sauta, dans une explosion de métal et de chair qui s’éparpilla en bouquet au milieu de hurlements.
Avant que les autres aient eu le temps de riposter ou de fuir, il remonta la colonne, deux chars d’un côté, un de l’autre, il la coupa, la bouscula en tout sens, abattant à la mitrailleuse ceux qui essayaient de s’échapper, crevant les réservoirs, et, pour finir, il l’incendia à coups de canon.
Lorsqu’il eut épuisé ses munitions, la longue file des quarante camions n’était plus qu’une chenille de flammes où grillaient des cadavres, la route était obstruée pour longtemps et le bataillon à jamais hors de combat.
Maugey n’avait même pas gardé un obus, un chargeur, pour protéger son retour. Et, dès qu’il eut refait sa provision de munitions, il repartit pour un nouvel accrochage.
Cet après-midi, il fut encore l’héroïque chef de peloton à figure d’enfant, défiant la mort, ne demandant qu’à se battre, ignorant la fatigue et la peur, allant partout à plein cœur, plein élan, pleine chance, symbole de la richesse de ces jours où la fleur d’une jeunesse commanda héroïquement avant d’avoir commencé à vivre (*).
Cet après-midi du 17 juin, une fureur sacrée anima le régiment. A aucun moment la violence de la bataille ne s’épuisa, elle se maintint jusqu’à la fin, rapide, farouche, désespérée.
Cet après-midi il n’y eut plus de printemps, plus de haies vertes, plus de ciel bleu, plus de murs étoilés de roses. Il n’y eut plus qu’un régiment jeté en avant, déchaîné, hors d’haleine, éperdu et fou, qui voulait combattre et combattre encore.
Il n’y eut plus que la bataille à un contre dix, l’incendie et la mort à rendre au centuple pour la France qui se mourait, assassinée !
Pendant cinq heures les auto-mitrailleurs, les dragons portés avaient interdit toute avance sur le secteur qui leur avait été confié.
Vers vingt heures arriva l’ordre de repli vers le sud-ouest.
Sur Rânes, l’ennemi tellement stoppé ne réagit guère et le décrochage fut facile.
Mais au nord-ouest, le bataillon Henriet avait lutté farouchement sur ses points d’appuis. L’infanterie allemande s’était collée à lui, s’infiltrant de tous côtés, résistant à chaque tentative de dégagement, et le tenant sans cesse dans un réseau dense de feu. Les dragons avaient eu de lourdes pertes et c’est d’eux que nous vint le dernier blessé de cette journée. Leur décrochage ne put se faire qu’au prix de durs combats.
Pour protéger notre repli et tenir La Ferté Macé qui était au centre de toutes les routes du pays, le peloton de chars Depret et le peloton moto Tunzini furent désignés. Ils devaient garder à eux seuls les issues de la ville et ensuite se porter chacun par un itinéraire sur notre flanc gauche.
Ainsi cette après-midi du 17 juin, commencée sous des ombres épaisses de souffrance, de débâcle et de forces défaillantes, se terminait sur un rayon de foi et d’espoir. […]

(*) - Le sous-lieutenant Martin Maugey, déjà cité à l’ordre de l’armée en Luxembourg, captif depuis juin 1940, a reçu à vingt ans la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur.

[L’unité se replie à travers la forêt d’Andaine, traverse Juvigny-sous-Andaine et La Baroche durant la nuit. Le regroupement de la colonne a lieu à Céaucé. Elle se dirige ensuite vers Saint-Fraimbault, fin de l’étape de repli. Le 3ème RAM est fait prisonnier le 18 juin à Saint-Fraimbault. Le véhicule sanitaire de Lieutenant Soubiran réussit à s’échapper et à gagner Nantes.]

André Soubiran, J'étais médecin avec les chars, journal de guerre.
Première édition: Didier éditeur, Paris, 1943. Prix Renaudot 1943
Extrait du chapitre Normandie - 17 juin 1940

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Europe Re: Normandie – 17 Juin 1940 André Soubiran Jeu 3 Mai - 23:07

Message par blairal1 le Jeu 4 Oct - 22:55

ROCO a écrit:Récit prouvant s'il le fallait que nos soldats de 1940 se sont bien battus lorsqu'ils étaient bien commandés

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